Dans Infidèles, il raconte l'histoire d'une mère et son fils. Deux Marocains qui finiront par fuir en Égypte, à la recherche de la liberté, de leur salut. Jallal aide sa mère, Slima, à trouver des hommes. Car, comme sa mère adoptive, Slima est prostituée et introductrice. Elle vends son corps et elle aide les jeunes mariés à réussir leur nuit de noces, quitte à masturber le mari pour le faire bander et à introduire elle-même son sexe dans le vagin vierge de la mariée.
Il y a cette réalité, déjà terrible, puis celle d'après. La souffrance des conséquences d'un métier à risques, d'une jeunesse perdue, de vies éteintes qui ne s'illuminent qu'en présence de l'autre et de ce mystérieux soldat qui partage leur adoration pour Marilyn Monroe et ne leur causera pas que du bien.
Puis il y aura deux rencontres, l'un après l'autre, qui bouleverseront irrévocablement leur vie : deux belges convertis à l'Islam. Hasard ? Lumière ou ombre ?
Abdellah Taïa n'y va pas de main morte dans cette chronique accablante du Maroc à travers une mère et un fils pas comme les autres. Sans peur de la cruauté et de la vulgarité, il dresse un portrait sans concession d'un pays à la dérive, de vies à l'abandon.
Tel une Christine Angot, il commence son récit de manière très déplaisante : des phrases courtes. Très courtes. Des phrases courtes et répétitives. Très. Comme je le fais. Comme ça. Et c'est énervant. Très. Il se rattrape néanmoins par la suite en revenant à une écriture plus fluide, moins saccadé, plus agréable, jusqu'au final original, sur un ton moins grave, presque drôle.
Il s'agit d'un beau roman, qui peut bouleverser comme n'avoir aucun effet. Ce sera un juste milieu pour moi. Pas une lecture indispensable, mais un roman important pour dire une réalité qu'on ne connait pas entièrement, un roman qui peut en toucher plus d'un, plus d'une.