Finalement, après beaucoup d'hésitation, je l'ai lu.
Non que le sujet du génocide contre les Tutsi m’indiffère — bien au contraire il pourrait presque m'obséder si j'en crois le temps que je passe à lire à ce sujet — mais je n'ai jamais été un grand fan de littérature romanesque. De plus je craignais la charge émotionnelle — ce qui est logique mais pourquoi la crains-je moins lorsqu'il ne s'agit pas de fiction ?
Un roman à lire pour qui veut s'intéresser à ce sujet sans nécessairement se pencher dans la riche bibliographie historique. Stylistiquement très agréable, humainement riche, il permet percevoir la société rwandaise contemporaine de l'intérieur — l'auteur Rwando-Français ou Franco-Rwandais vivant à Kigali, tout en rappelant utilement le minimum nécessaire pour connaître la genèse coloniale et occidentale de ce génocide.
J'ai souri à quelques épisodes plus directement lié à mon rapport personnel au Rwanda. La description de cette beauté du lac Kivu, mais qui n'empêche pas de penser à l'horreur génocidaire qui s'y est tramée — et aussi aux horreurs qui se jouent de l'autre côté, bien qu'il ne s'agisse pas de génocide (et en écrivant cela, je repense à une conversation avec un collègue Congolais, partageant sa souffrance de ce qui se joue au Kivu et ne pouvant à cause de cela comprendre ce qu'est joué il y a 30 ans au Rwanda, et je pense à cette phrase de l'un des personnages "Tu sais ce que je leur reproche le plus à tous ces gens [parlant des génocidaires et des complices] ? c'est d'avoir créé, et pour longtemps encore, une société de défiance " p. 261).
Mais également un histoire de trafic des œuvres complètes de Saint-John Perse en Pléiade, pile 2 semaines après que j'en ai précisément envoyé un exemplaire au Rwanda dans le cadre professionnel.
Et enfin cette présentation de Butare "Butare avait un côté Far-West avec sa rue principale et ses commerces concentrés sur deux-cent mètres". Exactement l'image mentale que je m'étais faite le jour où j'ai débarqué dans cette ville.
Mais au delà de ces sourires, ce livre m'a fait retrouvé ce sentiment que j'ai éprouvé lors de mes deux visites au Rwanda (déplacement professionnel). Le génocide des Tutsi est partout. Non seulement spatialement, mais aussi temporellement et psychiquement. Et l'étranger que je suis le sais mais ne sais pas qu'en faire — mais est-il possible d'en faire quelque chose ?
Et en même temps le pays ne se limite pas à ce génocide. La vie est là. Elle triomphe de la mort et de l'horreur la plus absolu. Et c'est ce que dit aussi ce roman.