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Saisissant
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Reporter international, scénariste et scénariste de bande dessinée, Jean-Christophe Grangé célèbre pour ses thrillers diaboliques dont certains sont adaptés au cinéma ou à la télévision, est avant tout un écrivain torturé. Il livre dans ce récit autobiographique les faits de violences qui ont marqué sa petite-enfance et ont façonné ses futurs écrits. La création, sorte de « convulsion intime » devient le moyen d’exorciser la marque du diable portée par la figure paternelle.
Années 60, une scène ultra-violente se déroule en plein Paris : l’enlèvement d’une femme par plusieurs hommes encagoulés. Cette scène impensable, que l’on pense tirée d’un film, n’est autre qu’un fait réel. Il s’agit d’un père de famille enlevant avec des comparses sa propre épouse, par ailleur mère de son fils. Bien qu’étant antérieure à ses deux ans, cette scène est la genèse de l’oeuvre de Grangé. Il n’en a gardé aucun souvenir, mais il lui a fallu huit ans de thérapie pour surmonter son impact. De nombreuses recherches auprès des membres de sa famille, l’accès au dossier du divorce de ses parents dans lequel il découvre l’horreur, ont nourri le questionnement de l’auteur à propos de ses origines.
Par alternance de chapitres, l’auteur rend hommage à Michèle, sa mère et à Andrée, sa grand-mère dont il relate le destin commun, celui de « toutes les femmes victimes de l’emprise des hommes« . Roman féministe, émouvant, touchant, écrit par un homme qui a survécu au pire grâce au combat de ces deux femmes. La voix de Michèle relate sa belle-famille et son mariage avec un homme qui n’est ni un mauvais père, ni un mari violent, mais « simplement le diable« . Dès le début de leur relation, elle entrevoit le pire, suspecte le comportement anormal de l’homme qu’elle s’apprête à épouser, mais aveuglée par un amour encore pur, elle manque cruellement de discernement. Dans un premier temps, il n’est pas spécifiquement violent physiquement, mais l’est dans sa façon de la soumettre, enceinte, lors de soirées de débauche quotidiennes dans lesquelles il l’oblige à boire et à se droguer. L’alcool et la drogue sont le ciment du couple, mais par convenance, Michèle l’épouse et met au monde Jean-Christophe, un nouveau-né chétif et malvenu. Le portrait de Michèle et d’Andrée souligne la condition de la femme dans les années 50 et 60: ne dépendre que du mari, respecter les convenances, se taire et se soumettre. Le regard lucide d’Andrée voit l’insouciance de sa fille se déliter, mais, bienveillante et protectrice, elle s’inquiète avant tout de l’enfant à naître, « un enfant de la peur ».
Les critiques négatives iront droit au fait : Grangé se raconte, s’apitoie, se déverse, parle de son enfance choyée entre mère et grand-mère, de ses blessures d’enfant gâté… Bien évidemment, hormis ses deux premières années, il a été élevé dans de la ouate, s’est passionné très tôt pour la littérature et une fois devenu adulte a su s’entourer des bonnes personnes, a fait les bons choix en dépit de quelques années d’errance et d’un job alimentaire qui lui a pourri la vie pendant un an (quand ça n’a pas de sens, ça n’a pas de sens, je lui accorde bien volontiers), mais l’auteur n’est pas à plaindre, d’autres ont connu bien pire et ne s’en remettront jamais. Et puis huit ans de thérapie, tout le monde ne peut pas se le permettre. Mais ce récit autobiographique est courageux, valeureux et va vers l’essentiel dans le sens où il joint l’intime à l’universel : quelles sont les séquelles de la violence exercée dans l’entourage d’un tout-petit? Le malaise insidieux qui s’installe dans le couple, la tension latente, peut-elle être ressentie in-utero ? La réponse positive à toutes ces questions nous rappelle à quel point nous devons nous soucier des violences intra-familiales.
Notre personnalité se forge au moment crucial de l’enfance, chacun réagissant différemment aux évènements. Grangé pose la question de la filiation, de l’héritage, de ce que l’on transmet de façon transgénérationnelle… Pour conjurer le sort, il a tout fait pour « être à la hauteur » de ses enfants, même si la violence paternelle est ancrée en lui: tout était violence chez cet homme, y compris son absence. Grangé abhorre cette violence mais l’utilise dans son art, sorte de catharsis qui transforme ses angoisses en objet esthétique.. Il analyse le phénomène freudien de « sublimation », avec l’exemple de la fascination éprouvée pour les films d’horreur qui désamorce les véritables peurs fondées sur de réelles menaces. La fascination pour l’horreur, ressentie dès ses plus jeunes années, est le seul moyen pour lui d’approcher ce père absent. Un témoignage fort, émouvant sur un des auteurs les plus en vue de ces trente dernières en années.
Créée
le 26 janv. 2026
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