Le premier roman de François Bégaudeau tient en un seul paragraphe de 100 pages. C'est le discours que tient à ses joueurs l'entraineur d'une équipe de football sur le point de disputer les prolongations d'une finale de Coupe d'Europe. On pourrait reconnaitre le FC Nantes de la grande époque et son fameux jeux en triangle dont l'auteur s'est publiquement déclaré supporter.
Le technicien exalté déverse dans un flot de paroles un enchainement d'idées sur le foot et sur la vie, sur l'amour. Chaque théorie, chaque développement a ses reflets, ses illustrations dans l'histoire qu'il a vécu avec son aimée Julie, qui, malgré de louables et émouvants efforts, ne supportera pas les exigences du théoricien de l'amour.
Il faut jouer juste sur le terrain de foot comme dans une relation sentimentale. Il faut être dans l'instant, ne pas succomber aux idées reçues (que l'auteur ponctue dans le texte d'un "cotcotcot" de poule grégaire). À chaque circonstance correspond un geste juste permettant de propager le système de passes d'où émerge l'esthétique et l'efficacité du jeu d'équipe et la disparition des individualités. Système opposé à celui des adversaires du soir qui ne sont revenus à égalité qu' à la faveur de l'oubli de ces fondamentaux par ses joueurs.
Un roman idéaliste original et drôle.