Tout l’intérêt de ce roman réside dans son style. Un style où apparaît toute la précarité psychique d'un être obsessionnel livré aux convulsions de l'absurde. C'est tranchant jusqu'à être râpeux. Les mots biseautés par le rabot moixien ne sont pas très uniformément polis, peinant parfois à s’emboîter harmonieusement et illustrent le dérangement mental de notre héros.


Il y a déjà dans Jubilations vers le ciel tout le désarroi que Moix confiera plus tard dans Orléans et Reims. Quand la folie et l'intelligence sont les deux ailes de l'acédie, le vol peut être spectaculaire. On peut aisément, dans un délire spectral et rougeoyant, jubiler longtemps et haut dans le ciel.


Moix aura fait un bon boulot pour un premier roman. Le style nous attrape et nous éloigne, fait de nous un spectateur fasciné autant qu’un complice malheureux. On ne sait trop que l'amour peut transformer l'être le plus inoffensif en taré qui s'éparpille, autovampirisé dans un déraisonnable qui mène de l'aventure à l'impasse.


Ce livre c'est la vérité des jeunes hommes sensibles, traumatisés par leur environnement et qui se raccrochent à ce qu'ils croient être le plus beau, le plus exaltant de ce bas monde. L'existence passée à la moulinette du romantisme le plus éculé mais le plus sincère, le plus chimiquement pur.


Pour son galop d'essai, Moix impressionne, c'est sûr ! Bien que fictionnel, une certaine véracité nous saute aux yeux. Le véritable transparaît, le probable fait jour, toute cette histoire nouée d'un style hautement maladif a bien eu lieu quelque part à une époque pas si lointaine.


Pour conclure, Jubilations vers le ciel , sans être ultime (loin de là) peut marquer d'un minuscule fer rouge les esprits qui se seront donnés la peine de le lire. C'est un ensemble cohérent, bien construit et relevant d'une recherche littéraire indéniable. Le hasard veut que moi aussi à l'âge de douze ans je sois tombé amoureux d'une Hélène. Grâce à dieu je n'ai jamais cherché à la revoir.


                        Samuel d'Halescourt

Créée

le 26 oct. 2021

Critique lue 244 fois

Critique lue 244 fois

1

D'autres avis sur Jubilations vers le ciel

Jubilations vers le ciel

Jubilations vers le ciel

6

Samueld_Halescourt

209 critiques

La revanche d'un inexistant

Tout l’intérêt de ce roman réside dans son style. Un style où apparaît toute la précarité psychique d'un être obsessionnel livré aux convulsions de l'absurde. C'est tranchant jusqu'à être râpeux. Les...

le 26 oct. 2021

Jubilations vers le ciel

Jubilations vers le ciel

1

SallyC

105 critiques

La nature du mal

Mais comment ce bouquin a-t-il été publié ? Bon, on le sait, Yann Moix, après quelques "errements" dans ses années d'école de commerce, a été récupéré par BHL, qui lui a fourni une absolution son...

le 3 oct. 2025

Du même critique

La Seule Exactitude

La Seule Exactitude

8

Samueld_Halescourt

209 critiques

Un flingue avec un nœud papillon

Autant annoncer la couleur, ce livre m’a régalé. Une accumulation de courts chapitres qui traitent de l’actualité de ces deux dernières années où Finky délivre ses sublimes exaspérations, son divin...

le 10 nov. 2015

Interventions 2020

Interventions 2020

8

Samueld_Halescourt

209 critiques

Compilation pour l'histoire

Outre l'arnaque d'avoir reversé dans ce volume une grande partie des précédentes interventions, on prend plaisir a redécouvrir la plupart des textes qu'on avait passablement oubliée dans l'intervalle...

le 3 mars 2021

Les Portes de la perception

Les Portes de la perception

8

Samueld_Halescourt

209 critiques

L’ignoble festif a remplacé l’expérimentation scientifico-chamanique

D’abord déçu de constater que « Les portes de la perception » à proprement parler n’était en fait qu’un court texte dans un recueil qui en compte beaucoup d’autres et sur lesquels nous...

le 26 sept. 2017