Vanille et Kale, un frère et une sœur unis par une tendresse indéfectible, poussent pour la première fois les portes d’une grande école d’ingénieurs. Ils partagent une complicité rare, mais leurs tempéraments s’opposent : elle garde son amoureux à Bordeaux, lui avance seul et rêve de trouver sa place. Peu à peu, leurs routes croisent d’autres étudiants, sans que Vanille le cherche vraiment, tandis que Kale multiplie les efforts pour s’intégrer. Leur année s’écrit à deux voix, tissée de rencontres, d’éloignements et de silences, avant de les ramener l’un vers l’autre...
Dès les premières pages, l’autrice place un avertissement : une liste des sujets sensibles traités dans le récit, accompagnée de numéros utiles. On aurait aimé que cette liste soit plus étoffée, mais cette vigilance mérite d’être soulignée, surtout pour un roman destiné à la jeunesse. Car le propos est rude : hypersexualisation féminine, racisme, homophobie, violences sexuelles, troubles alimentaires… En clair, ce n’est pas un livre à glisser entre toutes les mains.
Le contexte, une école d’ingénieurs, ne m’a pas vraiment parlée. Les aventures du bureau des élèves, les traditions, les jeux de pouvoir m’ont laissée froide ; j’aurais préféré un cadre plus banal, plus proche du quotidien, où je me serais davantage reconnue. Et puis, il y a Vanille et Kale, ces deux héros auxquels je n’ai jamais réussi à m’attacher. Ils m’ont souvent exaspérée : les réflexions de Vanille m’ont fait hausser les sourcils, et la passivité de Kale m’a déconcertée.
La fin, n'étant que fictive, m’a laissée sur ma faim. J’aurais aimé que Kale ose confronter Raphaël, et que Vanille trouve l’aide d’un spécialiste pour se reconstruire. Malgré cela, ce livre mérite d’être lu ne serait-ce que pour Raphaël, un personnage terriblement juste. Lui et sa bande de copains, on les croise partout : au collège, au lycée, dans la rue, dans les soirées. Si ce roman permet à certaines jeunes filles de ne pas se laisser piéger et de se méfier, alors tant mieux. Et si, par la même occasion, des garçons finissent par voir clair dans leurs amis, ce serait une victoire.
Pour finir, les lignes placées après les remerciements : 94 % des plaintes pour viol classées sans suite en 2024, c’est un chiffre vertigineux, presque insoutenable. On aimerait comprendre les raisons d’un tel naufrage, mais l’autrice n’élabore pas. Je partage pourtant son message : "parce que ce n’est, ça n’a jamais été et ce ne sera jamais de votre faute. Je vous crois".
Je dis sans cesse aux jeunes (filles et garçons) qui m’entourent que non, c’est non, et que un non qui signifierait oui est une légende urbaine (sûrement imaginée par un homme comme Raphaël). Certains diront mais qui suis-je pour pour me permettre ce genre de propos : Juste une fille...