7
le 2 mars 2020
SuivreAventure au sommet
Sans spoiler il faut avouer que le titre est trompeur. Pas mensonger, mais portant à confusion, car il n'y a aucune horreur dans ce pavé, rien de fantastique. "Juste" de l'Aventure avec un grand A...
J’apprécie Dan Simmons, notamment pour sa capacité à mélanger les genres et à ajouter presque systématiquement une couche d’érudition historique, scientifique ou littéraire à ses romans sans pour autant les transformer en démonstrations pesantes. Cela reste avant tout du bon divertissement, mais avec cette agréable impression d’apprendre régulièrement quelque chose en chemin.
Le sujet ne me passionnait pourtant pas particulièrement au départ. La période entre les deux guerres m’intéresse, mais beaucoup moins l’alpinisme, les pionniers de la haute montagne et les longues descriptions techniques d’une ascension. Simmons parvient malgré tout à trouver la clé pour rendre cet univers progressivement passionnant. Il prend, comme souvent, énormément de temps pour construire son histoire, présenter ses personnages et nous acclimater à leur environnement. Cela permet de créer une véritable atmosphère et presque une forme de confort avant que tout ne s’accélère dans un dernier tiers beaucoup plus tendu et franchement épique.
On se retrouve ainsi dans un mélange assez improbable de roman d’aventures, de récit historique, d’espionnage et d’horreur, le tout perché sur les pentes de l’Everest. La montagne devient progressivement un personnage à part entière, avec le froid, le manque d’oxygène, la fatigue et cette hostilité permanente qui suffit presque à créer la menace avant même que Simmons y ajoute la sienne.
Le procédé narratif participe beaucoup à l’immersion. Simmons commence par se mettre lui même en scène rencontrant le vieil alpiniste Jake Perry, qui lui confie ensuite les carnets racontant son expédition de 1925. On sait évidemment que tout cela est fictif, mais l’accumulation de détails historiques, de personnages réels et de techniques d’alpinisme crée suffisamment de vraisemblance pour entretenir un doute agréable et donner au roman les apparences d’un témoignage retrouvé.
Les personnages fonctionnent également plutôt bien, notamment Jake Perry, Richard Davis Deacon et Jean Claude Clairoux, suffisamment caractérisés pour que l’on s’attache progressivement à leur expédition. Reggie m’a davantage laissé perplexe. Elle ressemble parfois au personnage féminin que Simmons veut absolument rendre capable de tout faire mieux que les hommes qui l’entourent, au risque de devenir elle même une forme de stéréotype.
Plus largement, certains passages peuvent aujourd’hui provoquer un malaise par leur pudibonderie, leur misogynie ou certaines représentations raciales. Il est parfois difficile de savoir ce qui relève du regard d’hommes vivant dans les années 1920, ce qui appartient volontairement au narrateur et ce que Simmons reprend lui même sans suffisamment de distance. Cela n’empêche pas le roman de fonctionner, mais crée par moments une ambiguïté moins maîtrisée que celle entre réalité et fiction.
L’Abominable reste donc du Simmons assez typique, très documenté, très long, mais capable de transformer un sujet qui ne m’intéressait guère en une aventure dans laquelle j’ai fini par me laisser embarquer. Pour ceux qui apprécient déjà l’auteur, on peut y aller sans trop hésiter. Pour le découvrir, je conseillerais tout de même d’autres portes d’entrée, notamment Hypérion ou Ilium, qui montrent encore mieux l’étendue de ce qu’il sait faire.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Parcours littéraire 2026
Créée
il y a 3 jours
Critique lue 2 fois
7
le 2 mars 2020
SuivreSans spoiler il faut avouer que le titre est trompeur. Pas mensonger, mais portant à confusion, car il n'y a aucune horreur dans ce pavé, rien de fantastique. "Juste" de l'Aventure avec un grand A...
7
il y a 3 jours
SuivreJ’apprécie Dan Simmons, notamment pour sa capacité à mélanger les genres et à ajouter presque systématiquement une couche d’érudition historique, scientifique ou littéraire à ses romans sans pour...
4
le 13 févr. 2024
SuivreJe m‘en sens un peu désolée, mais je n’ai pas réussi à finir ce livre. J’ai tenu bon 440 pages sur 956, mais en me trainant douloureusement. J’ai lu ce livre par morceaux en un an et demi et j’ai...
8
le 19 janv. 2026
SuivreReconnaître le fascisme est un court texte issu d’un discours prononcé en 1995 par Umberto Eco, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un petit livre par...
8
le 17 juil. 2026
SuivreOuvrage culte, publié au début des années 1970, La France de Vichy fait partie de ces livres qui ont réellement déplacé une ligne historique et mémorielle. À une époque où Vichy restait encore...
10
le 2 avr. 2026
SuivrePériode réputée sombre, fin du Moyen Âge, guerre de Cent Ans, peste et épidémies avant l’âge d’or de la Renaissance. Tout semble réuni pour dresser le tableau d’un siècle noir.Dans ce tome des...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème