L’Agrafe, roman de Maryline Desbiolles que je découvre, raconte l’ancrage d’une adolescente dans son identité malgré un corps entravé.
Emma Fulconis court dans la pierraille niçoise, la région de l’écrivaine. Elle ne voit rien et ne pense qu’à filer, son corps au vent.
Un jour, la morsure d’un chien va l’immobilier pour de long mois de reconstruction. Seulement, une phrase l’obsède, celle du propriétaire du chien qui a dit au moment de l’agression Mon chien n’aime pas les Arabes. À partir de cette alerte, la jeune fille recherche le passé de sa famille.
C’est l’occasion pour Maryline Desbiolles d’évoquer le sort des harkis en Provence Côte d’Azur. Accompagnée par son oncle rebaptisé Jean-Pierre, alors que son prénom était Akim, elle part à la découverte de ses grands-parents accueillis à leur retour d’Algérie dans un hameau de forestiers.
Maryline Desbiolles fait revivre cette partie de l’histoire oubliée. Passant du camp militaire de Rivesaltes, de sinistre mémoire, à cet habitat précaire et à ces emplois forestiers, ces anciens supplétifs, parqués ainsi loin des bourgs où ils auraient pu croiser des immigrés algériens.
Seulement, les anciens harkis ont été accueillis sous statut réfugié et ce ne sera pas une cérémonie bâclée à laquelle seront conviés Akim et Emma qui viendra donner une nouvelle lumière à ce passé encore trop ignoré.
Le style de Maryline Desbiolles, sans aucun pareil, transforme cette découverte en aventure littéraire. Les phrases longues mais déliées forment des airs où le chant murmuré des mots ressemble aux chansons que s’invente Emma pour se reconstruire.
En bref, une rencontre qui marque pour moi une écrivaine discrète à suivre assurément !
Chronique illustrée ici
https://vagabondageautourdesoi.com/2024/12/09/maryline-desbiolles-lagraphe/