« Elle se situe peut-être entre le pancréas et le foie. C'est une alarme organique qui doit remonter à la nuit des temps, une glande secrète enfouie entre les chairs au fil des siècle de sélection naturelle, planquée dans les tripes, loin de la raison, et qui se met à vibrer quand quelque chose ne tourne pas rond,  quand, avant les yeux, le nez et les oreilles, le ventre se rebiffe et dit « non ! »

Cette première phase apparaitra à nouveau au cours  du récit lorsque les circonstances s’y prêteront. Là, au début du roman Kolia se trouve  à la frontière entre l’Ukraine et la Moldavie, sur le point de rentrer à Paris après avoir effectué le reportage pour lequel il était en mission. Mais quelque chose ne va pas et le risque est important de rater l’avion du retour. Pourtant :


« Par expérience  d’autant que par épuisement , je devine qu’il va falloir me laisser porter par le courant. »

Alors les souvenirs surgissent. Le premier renoncement ? Il a pour prénom Mathilde, et dès le premier regard échangé, dans la cour de récréation de l’école maternelle, l’attraction est immense. Mais c’est l’occasion de comprendre que « l’existence n’est pas un buffet à volonté ! »


Les chapitres comportent  le récit des galères de ce reportage, tracas de toutes sortes, mais aussi magnifiques échanges autour de l’absurdité de la guerre en cours.  En alternance des souvenirs épars qui ont cependant compté pour se construire une philosophie de la vie. Il y sera question d’un bateau de pirate, arrivé à bon port avec quelques années de retard, d’une sélection d’équipe de football , qui emportera comme un séisme des projections d’avenir, d’une lutte au yaourt contre une croissance lente …et bien d’autres épisodes, traités avec beaucoup d’humour d’autodérision mais qui n’en restent pas moins autant de leçons de vie, avec un  focus sur le temps qui passe et la notion d’âge, si mouvante. 

« J'ai compris que je ne serai jamais aussi jeune qu'au moment où je me demanderais si je ne suis pas trop vieux. Je ne serai jamais aussi jeune qu'à cet instant-là. Et à chaque fois que je le pourrai, j'irai voir, en pensée, les baleines de l'île de Ré."

Ce passage met bien en valeur la grâce de l’écriture, autre atout majeur du roman. 


Un récit est très agréable à parcourir, en raison de ce parti pris de narration, en ricochet, d’un sujet à l’autre, ce qui permet  de ne pas se retrouver écrasé sous un récit plombant.


Un roman profondément humain, pour le meilleur et pour le pire. 


Kittiwake_
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le 1 févr. 2026

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