Oui, le héros est enfoncé dans la négativité, il juge ses camarades, il ne travaille pas à l'école, mais pour le comprendre, encore faut-il savoir ne pas le juger comme un adulte amnésique et vous regarder vous-même, à des mauvais moments, où vous déprimiez profondément. Aviez-vous vraiment le goût aux choses de la vie, comme courir dans les champs pour ramasser les fleurs avec un sourire béat ? Non, bien sûr que non. La vacuité de la vie nous a tous heurté en de plein fouet à un moment ou à un autre, avec cette sensation que tout est vain, et cette pensée : à quoi bon ?
Et n'avez-vous jamais désespéré de l'amitié fausse, de la superficialité, des queutards, des cons ? Je parie même que certains d'entre vous se sont déjà sentis très seul, sans pour autant se décider à sortir avec des connaissances, parce que vous ne les trouviez pas intéressants, biens, ou que-sais-je encore.
Dans le jugement de ce garçon, il n'y a aucun sentiment de supériorité, aucune méchanceté, c'est seulement le regard désenchanté d'un ado complètement déprimé, en perdition, en mal d'amour, d'amitié authentique, d'encouragements. En somme, c'est un ado, avec ce qu'on peut lui trouver de lourdingue, mais qui au second regard révèle toute son humanité et le gouffre béant qui se niche dans sa poitrine. Sans compter qu'au-delà de cette peinture un peu sombre de l'adolescence, le texte est constellé de moments loufoques, et servi par un style à l'oralité très savoureuse !