L’attrape-cœurs, J.D. Salinger, Robert Laffont (traduit par Annie Saumont)
Holden Caulfield, 16 ans, est renvoyé de son école pour fils de famille aisée. Il décide de devancer son départ de quelques jours et se retrouve à errer à New-York et à se poser beaucoup de questions sur lui-même.
Le voilà donc ce grand classique de la littérature étasunienne auquel je ne m’étais pas encore confronté. Alors pourquoi maintenant ? Eh bien, parce que le prochain livre de Gilles Paris que je viens de recevoir met en scène Jade, une ado amoureuse du héros de Salinger. J’ai voulu me familiariser avec lui avant de connaître Jade.
Holden est tour à tour agaçant, insupportable, doté d’un humour à froid qui déroute ses interlocuteurs, pudique bien qu’il se livre dans ce récit et très vulnérable. Il est surtout très attachant. Un vrai ado, comme quoi les années passent -le roman est publié au début des années 50- mais le passage de l’adolescence est toujours un moment délicat.
Même si c’est parfois un peu long -c’est souvent le cas avec moi-, l’écriture emporte tout. Familière, ce qui à l’époque n’était pas courant, elle détaille les tourments du jeune Holden, offre une description assez sinistre de New-York : les hôtels miteux, les bars pourris dans lesquels se produisent des artistes pas toujours au top de leurs performances, les taxis qui sentent mauvais et dont les chauffeurs n’apprécient pas le sens de l’humour d’Holden.
Je comprends mieux l’engouement qu’a suscité et suscite encore ce roman -songez qu’il est toujours banni de certaines bibliothèques étasuniennes-, tant Holden est universel et de toute époque. Ces trois jours à New-York, sont pour le jeune homme une manière d’avancer sur lui, de se poser des questions sur le sens de la vie, sur les filles, l’amour, la réussite sociale telle que ses parents l’envisagent pour lui, la mort, crûment et sans détour.