"L'Avancée de la nuit" fait partie de ces livres rares qui laissent une impression profonde.
Le lecteur est happé par cette nuit qui n'en finit pas d'avancer, lentement, à tâtons, à travers l'amour et la guerre, l'amour et la déchirure, l'amour et la peur, à travers les angoisses et la brutalité du siècle. Mais la nuit qui triomphe est une nuit éternelle et sans âge, où l'amour seul se maintient.
Jakuta Alikavazovic est une visionnaire ; de notre époque, de notre monde, elle en dit la corruption, la violence, les névroses profondes et les rapports de force. Dans une langue sublime et poétique, elle évoque un horizon obscur, inquiétant, un horizon de fin du monde, de "ville assiégée" retranchée sur sa propre peur.
Mais face aux lumières sécuritaires s'élève lentement une nuit noire, une nuit profonde et salvatrice, comme une ombre projetée sur nos sociétés de contrôle. Paul et Amélia nous l'apprennent : malgré les échecs, l'amour, l'amour fou, l'amour d'une vie (parce qu'il s'agit avant tout d'un roman d'amour) peut se glisser dans les interstices de nos névroses contemporaines les plus ancrées.