Pour commencer, il n’y a que trois raisons pour lire l’Eclat d’Obus :

1) Vous aimez Arsène Lupin et un besoin de complétude vous pousse à lire ce livre où le gentleman cambrioleur n’apparaît que dans une page, ajoutée dans la réédition en tome relié, dans les années 20. Vous êtes aussi fou que moi mon pauvre et donc peu importe ce qu’on vous dira, vous lirez l’Eclat d’Obus.

2) Vous êtes fan de Maurice Leblanc pour son style, son œuvre et vous aimez bien plus l’auteur que son personnage de Lupin. Écoutez, chacun ses goûts. Leblanc est sous-estimé mais je ne pense pas qu’on perde grand-chose à ne pas lire l’Eclat d’Obus.

3) Vous êtes historiquement curieux de lire un roman écrit en 1916 sur la Grande Guerre qui a lieu en même temps. C’est le document historique qui vous intéresse.



Ce dernier aspect est pour moi le plus intéressant et le plus marquant. En effet, L’Eclat d’Obus n’est pas inoubliable par sa forme. Le personnage principal est intéressant mais tient souvent du sur-homme sans les justifications que pouvait avoir un Arsène Lupin. Les personnages sont cependant agréable et le duo Paul & Bernard a des airs de Batman et Robin avant l’heure ! L’intrigue est à mon sens assez mal résolue, sortant de son chapeau une non-ressemblance réelle et un besoin psychologique d’identification. Pourtant plusieurs idées sont bonnes, l’aventure est présente et le rythme de l’action est indiscutable. C’est agréable mais très loin des meilleures aventures d’un Lupin.

C’est un roman, à mi-chemin entre le policier et la guerre qui divertit son lecteur sans laisser une trace indélébile.


Non, ce qui marque le lecteur, au-delà de la dimension anti-allemande, c’est l’œuvre de propagande. Les allemands sont certes présentés comme lâches, idiots, cruels (le roman se termine par la figure d’un enfant à qui on a coupé les mains), mais la guerre elle-même est glorifiée. Leblanc ne parle jamais des tranchées, de l’horreur de la vie des soldats, de l’horreur du meurtre et de la perte d’amis. Ici la guerre est héroïque, propre, presque sans mort. La guerre c’est l’aventure et tout le monde devrait vouloir la rejoindre.

Leblanc fait ici quelque chose de très grave : il ment. Il cache à son lectorat l’horreur de ce qui a lieu pour fantasmer ce qu’on croyait encore possible quelques années avant. L’époque n’est pas une excuse, il ne faut pas prendre Leblanc pour un naïf ni confondre la désinformation médiatique de 1916 pour une hallucination partagée. Ici, c’est bien un choix : donner envie aux jeunes gens de s’enrôler, aller tuer de l’allemand. La guerre c’est la paix pourrait-on dire en lisant l’Eclat d’Obus.

C’est bien sous l’angle du document historique le récit montre ce qu’est le patriotisme de cette période et en quoi l’auteur de Lupin a tant changé politiquement au contact de la Guerre.

Quand on s’éloigne un petit peu de l’intrigue agréable, quand on se rend compte de ce qu’on lit, on ne peut qu’être légèrement pris de vertige. Après avoir défendu le vol, Leblanc promeut désormais la Guerre.

mavhoc
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le 16 juil. 2026

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