L'Herbe rouge
7.3
L'Herbe rouge

livre de Boris Vian (1950)

De la science-fiction psychanalytique, absurde et désespérée. La tentative d'embrasser dans un même élan le connu et l'inconnu.


Docteur, je suis paranoïaque ! Je crois que Dieu essaie de me tuer et je suis à peu près sûr d'avoir raison. Voila un bon résumé de L'herbe rouge.


Au centre de tout, la machine, qui permet à notre héros une introspection en profondeur, une analyse, un bilan, l'échange définitif comme un prélude à la préparation du grand voyage.


C'est comme si Vian avait convoqué tous ses thèmes de prédilection pour nous offrir un peu de la lumière d'un testament précoce.


Un surréalisme de profusion nous étreint par sa colorimétrie. Passant du noir et blanc à la couleur, du psychédélique terne à la fluorescence, de la pénombre à la surexposition, du clignotement à la persistance.


Est-ce utile de réaffirmer que j'ai été passablement impressionné par ce roman, par sa globalité, sa folie, son dénouement doublement tragique, sa fantasmagorie ; c'est jazz mais c'est rock mais c'est punk (tout en restant lyrique). Vian met à l'amende avec des décennies d'avance tous ceux qui

lui succéderont sur les chemins cahoteux de la création originale. Le département des studios Marvel n'aurait pas suffisamment de talent pour rendre compte du génie formel qui se cache dans chacune des phrases de Vian.


La langueur fantasque qui se dégage de L'herbe rouge est puissante, provoquant chez le lecteur avisé non pas une pétrification des sens mais l'animation, la stimulation, d'un réel insoupçonné.


Pour conclure, un livre fracassant, profond sous des dorures superficielles, l'estocade d'un écrivain qui compte, la floraison d'un imaginaire en surexcitation, qui s'étale jusqu'à prendre toute la place.


L'air de rien j'aurai lu tous les romans de Boris Vian et si L'automne à Pékin en reste ma dilection favorite par sa démesure imaginative, L'herbe rouge vient magistralement ponctuer ces années de quête littéraire pour un auteur prodigieux. Quant au mini-recueil de nouvelles Les lurettes fourrées, je n’ai rien à en dire.


Samuel d'Halescourt

Créée

le 13 nov. 2022

Critique lue 22 fois

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