L’intrigue principale de ce livre est celle de Wolf, ingénieur qui veut oublier tous ses souvenirs et a fabriqué une machine dans ce but avec l’aide de son acolyte Saphir. Cette intrigue prend place dans un décor absurde, dont la fameuse herbe rouge, des mots, des fonctions et des animaux inventés de toute pièce. Comme dans beaucoup de livres de Vian, la violence de l’Homme est exagérée, puis banalisée, et la psychanalyse tient un rôle phare. L’herbe rouge ressemble énormément à une de ses autres œuvres, l’Arrache-cœur, dans le premier le protagoniste voulant oublier, dans le second désirant se remplir de souvenirs. L’arrière-plan et les messages passés sont également très similaires, peut-être même un peu trop. C’est un bon livre, mais ce n’est qu’un même thème détourné en une histoire ressemblante.
Il y a quelques très bon points qui m’ont tout de même fait apprécier cette lecture. Tout d’abord, l’absurde qui nous fait perdre nos repères et nous rend confus fait que l’on s’étonne presque de trouver des passages qui font écho au monde réel et qui en font une critique sensée entourée d’éléments insensés. Le système scolaire est très critiqué, ainsi que la misogynie et le racisme (ce qui est étonnant, car tout laisse à croire que l’auteur est misogyne et raciste à travers ses personnages jusqu’à ce que des passages viennent en faire la critique : Lil et Folavril parlant de leur condition de femme, le point de vue d’homme noir qui danse dans un souterrain, comme si il construisait ces aspects pour mieux les déconstruire après). Il y a également tout un raisonnement philosophique à propos du fait d’avoir un but dans la vie, ou de ne pas en avoir d’ailleurs, à quel point l’homme s’use dans l’un comme dans l’autre cas, ce qui fut très intéressant car les rêves d’une vie sont souvent dépeints de manière positive et que c’est un sujet que je n’ai jamais vu creusé à ce point ailleurs.
Un point négatif cependant : l’histoire prend son temps pour démarrer, et peine à rentrer dans le vif du sujet. On se noie juste dans l’absurde jusqu’à ce que Wolf entre dans la machine. Ceci est contrebalancé par le fait que ce soit un livre court, et que par ce fait on ne puisse pas s’ennuyer quand elle démarre enfin.
En résumé, un bon livre qui sait séduire si on dépasse le long incipit et que l’on ne se lasse pas de ce thème récurrent.