Katharina Blum est une jeune femme discrète, tellement réputée par sa pruderie que ses proches la surnomment "la nonne". Gouvernante de son état, elle vit une vie bien rangée entre ses différents employeurs dans la Cologne des années 70. Malgré une enfance difficile, son père meurt lorsqu'elle a six ans et sa mère la délaisse et est rongée par le cancer, son frère va finir en prison, mais elle saura rester droite. Son zèle va si loin qu'elle profite de ses jours de congé pour prendre des petits boulots supplémentaires. Tout s'écroule lorsque, après un bal donné par sa marraine, en pleine période de carnaval, elle va rencontrer un certain Ludwig Götten, de qui elle va tomber éperdument amoureuse. Après avoir dansé toute la soirée, il passe la nuit chez elle, et disparaît au petit matin. Elle est aussitôt convoquée par la police, il se trouve que cet homme est un fugitif activement recherché par les services de police, et que toutes les issues de l'immeuble de la jeune femme ayant été surveillées, elle est donc considérée comme une complice. Même ses contacts parmi des avocats et hommes bien placés ne pourront pas l'aider. De plus la presse à scandale va s'emparer de l'affaire et explorer son passé telle une meute de vautours pour y trouver ses moindres secrets, des paroles seront détournées, des photos volées. Katharina va découvrir ce que c'est de devenir connue malgré elle.
Heinrich Böll est prix Nobel de littérature, et ce livre est censé être une de ses plus grandes réussites, c'est là que je m'interroge, est-ce moi qui suis aveugle, ou bien ces braves intellectuels qui le lui ont décerné? Je ne suis pas encore assez imbue de moi même -ça ne saurait tarder- pour pencher pour la deuxième solution, mais je suis quand même circonspecte quant à la qualité de ce roman.
L'auteur ne se cache pas d'avoir comme but de critiquer les méthodes d'un journal en particulier, le Bild (qui pour la petite histoire l'avait attaqué dans des articles peu élogieux). Je trouve sa réaction un peu disproportionnée. Sur le principe, les médias qui manipulent l'information, c'est une chose terrible, dont nous sommes victimes à chaque instant.
Cependant je pense qu'on peut choisir de ne pas se laisser manipuler, et que Katharina a fait preuve de peu de sang froid dans la situation où elle était. On dit volontiers qu'une parole blesse plus qu'une gifle, et je suis plutôt d'accord, mais la plupart de ce qui lui a été reproché était juste, elle a bien aidé un homme recherché à s'évader, et la réputation de sa famille bien qu'un peu exagérée, n'est pas totalement mensongère. Si son destin est si tragique c'est que Böll considère que la réputation est plus importante que la vie elle-même, ce sur quoi je suis loin d'être d'accord.D'ailleurs, bien qu'horripilé par la presse à scandale l'auteur ne semble pas s'émouvoir des rapports entretenus par la jeune femme avec d'anciens nazis, drôle d'échelle de valeurs.
Son est typiquement allemand, académique, sans fioritures, on a l'impression d'assister à un exposé scientifique. Le personnage principal étant déjà fade et peu charismatique, son créateur s'excuse à chaque apparition de sang dans son histoire, ce qui aurait au moins pu donner un côté un peu passionnel, mais non, pas de ça chez lui. On a juste l'impression d'assister à un triste rapport juridico-policier peu inspiré.