"L'idiote" et "Je voudrais étreindre la mer"
mon interprétation de l'écriture âpre et désespérée de Ango Sakaguchi d'un réalisme épuré jusqu'au trognon, de la déchéance des hommes, mais surtout du narrateur. Son incapacité d'aimer, d'haïr, de vivre. Quoi qu'il y a une petite étincelle d'espoir dans chacune de ces nouvelles... son élan de survie, et son désir.
Je me suis étonnée au vu de la 4eme de couverture, que l'idiote ne soit pas la protagoniste.
Les femmes des deux nouvelles, l'idiote et la frigide, comme altérité presque masochiques, corps en proie à la souffrance et au plaisir.
Elles échappent à sa compréhension, et il semble envier l'instinct de vie et la liberté de la première, et maudit sa lâcheté et son aliénation même au moment radical du bombardement.
Dans la seconde nouvelle, solipsiste et cynique, il jalouse et se raccroche au désir suscité par la sensualité de cette femme dont la jouissance se refuse à lui."Je souffrais : mon désir était si infime".
L'auteur appartient au mouvement Buraiha/"École de la décadence", écrivains fracassés par la guerre.
Oé en fait partie, et malgré le côté nauseux et glauque, ses écrits contrastent dans leur foisonnance et leur fantaisies, d'un imaginaire qui recouvre l'horreur.
Je ne suis pas étonnée que Sakaguchi ait particulièrement mal fini. Il mériterait toutefois une relecture, car il n'est pas si aisé d'appréhender le narrateur dans tous ses paradoxes.