J’aime bien comment, depuis quelques temps, Maxime Chattam s’amuse à déjouer les attentes de ses lecteurs les plus fidèles.
Quand nous sommes habitués aux romans policiers horrifiques de l’auteur de L’Âme du Mal, nous savons comment il procède. Dès les premières pages, nous sommes happés par une action dont le rythme reste très rapide pendant 500 pages, sans retomber. Nous avons deux ou trois cadavres, si possible bien sanglants, dans les dix premières pages, et l’affaire est dans le sac, le lecteur est ferré.
Le Signal avait déjà été un roman très différent, plus influencé par Stephen King dans sa volonté de décrire toute une communauté refermée sur elle-même et soumise à des phénomènes paranormaux.
L’Illusion poursuit sur cette lancée. Chattam montre qu’il sait prendre son temps pour planter une ambiance, jouer sur l’atmosphère, exploiter un décor particulier et créer un sentiment d’angoisse, « d’inquiétante étrangeté », de délitement progressif du quotidien.
Une fois de plus, on peut y lire l’influence du King, flagrante dès les premières pages. Bien entendu, le décor est un immense clin d’oeil au maître de Bangor : un hôtel vide et perdu en pleine montagne, coupé du monde, loin de toute civilisation, ça rappelle forcément quelque chose. Mais l’influence s’étend plus loin que cela : Chattam, comme King, a compris parfaitement l’importance de faire naître l’angoisse de la psychologie des personnages. Et, pour cela, il faut savoir prendre son temps.
Là où Chattam montre son talent, c’est que ce temps qu’il prend n’est jamais ennuyeux. Jamais il ne perd ses lecteurs. Aucune page n’est en trop. Même sans cadavres sanguinolents et sans action rebondissante, le roman se lit à toute vitesse et il est impossible d’en sortir, comme pour n’importe quel autre roman de l’auteur.
En bref, un roman différent qui montre une autre facette du talent de Chattam, et qui saura quand même satisfaire ses amateurs de sensations fortes. L’auteur montre qu’il sait avancer sans se répéter, ce qui pourrait lui être reproché parfois.
Ce qui suit est rempli de spoils, y compris jusqu’aux révélations finales.
J’ai particulièrement apprécié la façon qu’a Chattam de nous faire douter de tout jusqu’à la fin. Le premier cadavre (le seul, finalement) n’arrive que dans le dernier quart du roman et, jusque là, on peut à chaque instant douter de tout ce qui arrive et, surtout, douter des conclusions qu’en tire le protagoniste, Hugo.
Dès le début, Hugo nous est présenté comme mentalement instable, et Chattam va jouer là-dessus pendant les trois quarts de son roman. Ses interprétations sont-elles fiables ? Ou est-ce qu’il invente tout ? Est-ce que ce ne sont que des hallucinations issues d’un esprit délirant ?
Cette confusion est renforcée par les différents moments où Hugo semble confondre ses délires et la réalité. Par exemple, il ne cesse de penser qu’il existe une sorte d’araignée géante dans les sous-sols des bâtiments. Il semble victime d’hallucinations, aussi bien visuelles qu’auditives, voire même olfactives.
Cette confusion est encore renforcée par le fait que tout ce qu’entreprend Hugo échoue lamentablement. Et donc, cela devrait signer la fin de ses théories délirantes. Et comme Hugo semble rebondir à chaque fois dans une direction différente, en venant à accuser successivement presque tous les rares occupants des lieux, on en vient logiquement à penser qu’il délire complètement.
Personnellement, avant le twist final, j’avais carrément envisagé l’idée que Hugo ne soit que le patient d’un grand hôpital psychiatrique et que les autres personnages ne soient que des soignants.
De fait, j’ai été un petit peu déçu, dans un premier temps, par la révélation finale, avant que Chattam ne retombe sur ses pieds dans les ultimes pages, bien cauchemardesques. D’autant plus qu’avec ce final, l’auteur retrouve ses thématiques habituelles.
En bref, voici un roman bien réussi, un beau divertissement qu’on ne lâche pas avant la fin.