De sa nuit au musée, Eric Reinhardt retient la nuit. Se laisse hanter par des rêves psychanalytiques. Divague au gré de ses souvenirs nimbés de mystère. Sur des musiques électroniques, s'abandonne à l'imaginaire et oublie l'élitisme. En passant les portes basses, épreuves d'humilité.
Mais la Fiction vient en rappel. Et noie les évocations dans le carcan d'une historiette vaguement progressiste. L'Hermaphrodite se fait leçon de morale, parangon d'une perfection du genre. L'Art abdique devant le Social. Tant pis pour la Littérature.
Cette réclusion littéraire m'intimide. J'ai peur de ne pas être à la hauteur. J'ai peur de ne rien ressentir. J'ai peur que ne surgisse aucune pensée alerte et étonnante. J'ai peur que le temps ne progresse pesamment et d'en concevoir remords et culpabilité. J'ai peur de me voir de l'extérieur, spectateur pétrifié de ma propre impuissance. J'ai peur de me trouver nul. J'aurais dû consulter des ouvrages sur l'histoire de la Villa Borghese et ainsi éviter de m'en remettre aux seules ressources incertaines du moment présent, dont j'ai toujours le tort de tout attendre. L'instant d'après je me dis que c'est l'imprévu l'important. Que la façon la plus prometteuse d'aborder ce rendez-vous crucial avec ma vie intérieure était précisément de ne pas me protéger par de l'érudition, pour me laisser piéger, surprendre et déplacer. J'ai peur que l'Hermaphrodite refuse de me parler. Qu'elle me trouve chelou de vouloir dormir avec elle. Et si ça rate? D'où les deux verres de vin rouge qui se côtoient sur ma table, l'un qui accompagne mon club sandwich au thon, l'autre dont j'escompte qu'il me secoure si cette nuit de tous les dangers devait m'entraîner dans l'angoisse.