C'est le premier roman publié de Toni Morrison, je le trouve un peu en deçà de ses autres (sublimes) romans, mais il demeure spectaculaire. L'oeil le plus bleu romance la quête illusoire d'une petite fille noire rêvant d'être aussi belle que les canons de beauté de son époque : Shirley Temple, Jean Harlow... et en fantasme ultime, une paire d'yeux bleus. Jusqu'à s'aliéner complètement ?
Sur fond de misère sociale, on suit le sort de Pecola, gamine touchante mais à l'allure ingrate, ballottée par la vie et recueillie un temps par la famille de Claudia et Frieda, deux petites filles de son âge. J'ai adoré les évocations du quotidien des années 40 dans les quartiers noirs de l'Ohio, les anecdotes pleines de vie et de contrastes, parfois féroces mais sans jamais tomber dans l'apitoiement facile. Les variations sur la fabrication de la haine de soi d'une communauté qui a appris tôt à se dévaloriser et à idéaliser l'homme blanc, sont pointues et évitent le manichéisme. Et quelle plume...
J'ai un peu décroché sur la fin : à force de multiplier les points de vue et les retours-arrières, la structure romanesque ne m'apparaissait plus et mon intérêt pour l'intrigue en a pris un coup. Néanmoins je vais poursuivre ma lecture de l'oeuvre de Toni Morrison, la beauté de sa plume assortie à des propos essentiels sur l'identité afro-américaine font d'elle une romancière exceptionnelle.