L'Ours est pour moi une chimère ursine ratée, un entre-deux inaccompli, qui veut se faire croiser sans trop de profondeur La Route de Cormac McCarthy et la Sauvage de Jamey Bradbury, assemblant maladroitement ce qui a fait le succès de ces deux ouvrages, à savoir : un père et son enfant, seuls au monde, pour le premier ; un lien fort, quasi magique, entre l'homme et l'animal, pour le second. Ainsi, ce récit de la vie en pleine nature d'une jeune protagoniste sans identité, sans personnalité, sans vraie pensée, ne parvient pas à enchanter les sens (comme sait par exemple le faire Rick Bass dans ses récits) ; les scènes de chasse et de pêche sont à ce point uniformes et insipides qu'elles ennuient. Même le vocabulaire technique correctement employé, qui est d'ordinaire une grande source de joie pour moi, n'est pas parvenu à me tenir intéressée.
L'auteur, en détournant l'histoire du dilemme incestueux qui aurait pu être, enfonce son personnage féminin dans un marais obscur de solitude insupportable car stérile : il n'y a rien à raconter, alors rien n'est raconté, et ce, — pour l'édition poche française en tout cas, — dans une mise en page agaçante : si la police était ramenée à une grosseur correcte, s'il n'y avait pas tant de sauts de ligne, alors le livre tiendrait en cinquante pages. Mais cinquante pages de rien tout de même.