La principale qualité de L’Outsider réside dans son ouverture. Un homme est accusé de meurtre : de nombreux témoins l’ont vu sur les lieux du crime. Pourtant, il clame son innocence et affirme s'être trouvé, au même moment, dans un autre endroit, là encore entouré de témoins. Le roman nous confronte alors au motif troublant du double — une même personne présente en deux lieux simultanément —, une énigme qui pose de sérieux problèmes à la police chargée de l’enquête.
Cette première partie est haletante. Le lecteur tourne les pages avec avidité à mesure que l’enquête judiciaire progresse et que la problématique du double s’insinue peu à peu, faisant planer une légère touche de fantastique au cœur d’un récit réaliste et tendu.
Cependant, à mi-parcours, tout s’effondre. Le basculement coïncide avec l’apparition du personnage d’Holly Gibney — désormais récurrente dans l’œuvre de Stephen King —, qui charrie avec elle les faiblesses narratives déjà présentes dans la trilogie de l’inspecteur Hodges. Le mystère, pourtant soigneusement construit, est soudain balayé en quelques pages : toutes les explications sont livrées de manière trop directe, presque scolaire, comme sur une page Wikipédia. C’est là l’une des limites de King quand il écrit un polar : son recours au fantastique, au lieu de renforcer l’énigme, devient excessivement rationnel et sur-explicatif.
Le final — bien trop long au regard de ce qu’il a à raconter — se résume à une chasse à l’homme rappelant celle de Dracula, avec Holly Gibney dans le rôle d’un Van Helsing moderne. Si certaines scènes demeurent efficaces, la déception domine face au potentiel exceptionnel du début de l’intrigue, qui laissait espérer un roman bien plus ambitieux et dérangeant.