En 1997, deux prix littéraires ont auréolé de gloire ce roman de Patrick Rambaud qui dormait dans ma PAL depuis des années : le Grand prix du roman de l'Académie Française et le Goncourt Général, excusez du peu.
Des prix bien mérités de mon point de vue, au regard de la qualité d'écriture ; non seulement celle de la narration car le récit est très bien construit, mais aussi la qualité du souci du détail dont fait preuve l'auteur sans jamais tomber dans l'érudition ostentatoire ou pédante. Le lecteur se sent proche des personnages, qu'il s'agisse de l'Empereur Napoléon Ier ou du simple grognard à pied. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde.
Il s'agit ici d'une immersion totale dans les folies et les horreurs, mais aussi dans la grandeur paradoxale, des guerres napoléoniennes. "La Bataille", c'est celle d'Essling, tout près de Vienne, menée les 21 et 22 mai 1809. Une confrontation de triste mémoire opposant la Grande Armée aux Autrichiens et dirigée côté français par Napoléon Ier himself et les maréchaux Masséna et Lannes. Inférieurs en effectif mais supérieurs en artillerie, les Français ont perdu cette bataille même si l'Etat Major n'a pas voulu le reconnaître, parlant pudiquement d'un "échec provisoire" qui coûta la vie (toujours côté français) à près de 6000 soldats et en blessa quasiment 20 000 autres. Côté autrichien, des pertes à peu près équivalentes. Un bain de sang, quoi.
Si ce roman a longtemps patienté sur mon étagère, c'est sans doute parce que je ressentais une crainte diffuse à l'idée de me plonger dans un pur récit militaire or il n'en a rien été. Bien sûr, la bataille d'Essling constitue bien l'épine dorsale du roman mais tout ce que j'ai appris à travers les personnages sur le contexte politique de l'époque, les usages, la stratégie militaire et les belligérants en présence m'a semblé à la fois accessible et passionnant. Le Danube joue également un grand rôle, à l'égal d'un personnage.
J'ai aussi apprécié croiser parmi les soldats Henri Bayle, promis à devenir célèbre sous le nom de plume de Stendhal.
"La Bataille" est un récit foisonnant, instructif et fascinant. Un must pour tous les amoureux du Premier Empire, et pour les amateurs de romans historiques.