Quelle excellente surprise que ce roman !
La Chance Rouge est un récit choral, où la parole est partagée entre plusieurs narrateur·ices. C'est l'histoire d'un projet expérimental soviétique des années 1970 qui s'est donné pour but d'étudier les mécanismes de la chance et des probabilités et de découvrir comment les influencer.
Le gros du récit va donc se dérouler dans une cité nouvelle, bâtie pour l'occasion : Mayak Severa. Dans cette cité sibérienne, les populations autochtones vont être installées (bon gré, mal gré) et servir de cobayes aux scientifiques à leur insu. Au programme : manipulations de masse, expérimentations sur les enfants et paranoïa collective.
On suit donc chapitre après chapitre, d'un personnage à l'autre, l'évolution de cette expérimentation à ciel ouvert, le jeu de dupes et d'influence qui se jouent entre les différents scientifiques, les militaires et les autochtones.
La grande réussite de ce roman, outre son ambiance pesante incroyablement bien rendue, c'est ses personnages. Damien Delhomme réussit à les rendre presque tous attachants ou à défaut touchants. Et ce n'est pas rien quand on pense qu'il y a au casting des tortionnaires, de vil·es manipulateur·ices, des militaires obtus et j'en passe !
J'ai dévoré ce livre, bien aidé en cela par des chapitres courts qui "poussent au crime" et au "encore un dernier et j'arrête". La chance rouge est une vraie réussite, un roman glaçant (et pas que à cause de l'ambiance sibérienne), mais aussi touchant. je ne vois pas bien ce que j'aurais pu en attendre de plus.