Lorsque Damaris se retrouve en présence d’un petit chiot, elle décide de l’adopter sur un coup de tête. Damaris a quarante ans l’âge « où les femmes se dessèchent » et n’a jamais pu avoir d’enfant. Ce drame l’a peu à peu éloignée de son mari, Rogelio, un être maussade et bourru.
Damaris s’attache démesurément à cette petite chienne. Jusqu’à ce que celle-ci disparaisse, au grand désespoir de Damaris. La suite de leurs relations sera faite de départs et de retours de la chienne, qui, trahison suprême, reviendra grosse de ses escapades.
Ce court roman, moins de 100 pages, est un condensé d’émotions. On traverse avec Damaris toutes les étapes de sa relation avec l’animal. D’amour passionné et fusionnel, les sentiments de Damaris deviennent indifférence puis détestation lorsqu’il devient évident que la chienne n’aura de cesse que de s’échapper dans la jungle, laissant Damaris à sa solitude.
En parallèle, Pilar Quintana nous décrit le parcours d’une femme qui souhaitait plus que tout devenir mère et qui aura tout tenté pour y parvenir (potions, chamanisme...). Damaris vit cette impossibilité comme un échec qui lui ôte toute raison de vivre et qui la tient loin de son mari et même de sa famille dont elle redoute le jugement.
Le récit est aussi habité par une atmosphère étouffante, née des paysages de cette Colombie sauvage, celle de la jungle, des serpents, des moustiques voraces et des orages violents qui ne font toutefois pas retomber la chaleur écrasante.
La Chienne est un roman puissant et profond, une fable cruelle et tragique qui laisse peu de place à l’espoir mais qui est aussi emprunt d’une grande poésie.