Ce roman nous entraîne dans le sillage sanglant d'une expédition de conquistadors explorant la Floride du XVIe siècle à la recherche d'or et d'esclaves. Un voyage qui se transforme rapidement en véritable descente aux enfers, où les hommes de l'expédition commettent toutes les atrocités possibles à mesure que leur avidité, leur frustration et leur folie grandissent. En parallèle se déroule une seconde histoire issue de la mythologie amérindienne, sorte de conte cosmogonique mettant en en scène deux enfants, lui aussi dramatique.
La Contrée Obscure porte parfaitement son nom tant ce récit est une surenchère permanente de violence où les barbares civilisés enchaînent massacres sur massacres durant plus de 500 pages. Au début, j'ai été totalement embarqué par ce voyage, moi qui aime les récits d'expédition liés à la conquête de l'Amérique, notamment par son contexte : la conquête de la Floride par les Espagnols et de leur rencontre avec les peuples amérindiens de cette région. Cela change des récits beaucoup plus courants centrés sur les Incas ou les Aztèques, et donne au livre une identité assez particulière. L'ambiance est en tout cas réussie : il y a une vraie atmosphère oppressante et poisseuse, presque fiévreuse, qui fonctionne très bien.
Mais petit à petit, j'ai fini par ressentir une certaine lassitude face au schéma très répétitif du roman. Bien sûr, cette répétition a une logique dans un récit de voyage de ce genre : errance, faim, violence, nouvelles atrocités, puis recommencement. Mais justement, je pense que le livre aurait gagné à être plus court et plus resserré. À force d'accumuler les horreurs, le récit finit par perdre de son impact. le trop devient l'ennemi du bien.
La seconde intrigue autour des mythes amérindiens ne m'a pas totalement convaincu non plus. Sur le papier, l'idée est intéressante, mais elle manque d'intérêt sur la durée et peine à réellement enrichir le récit principal.
Le roman s'adresse clairement à un public averti vu le nombre de scènes de viols, de tortures et d'exécutions. Et même si j'ai trouvé l'ensemble intéressant dans son intention, notamment cette volonté de montrer toute l'horreur de la colonisation (bien que manquant un peu de manichéisme), l'auteur étant lui-même d'origine amérindienne, je trouve que le message finit paradoxalement par perdre en efficacité à cause de l'excès permanent. C'est dommage, car il y avait matière à quelque chose de vraiment marquant.