Résumé
Premier roman de James Baldwin, La Conversion s'intéresse à l'hypocrisie de la pression familiale et religieuse subie par le jeune John, tout en évoquant la condition des Noir·e·s en Amérique au début du XXe siècle.
Détails et quelques spoilers
Le style et la construction du roman donne le sentiment que le tout a été travaillé avec soin, afin de nous faire ressentir toute l'oppression qui pouvait être engendré par la structure familiale qui entoure John. Les différentes étapes du roman permettent de comprendre, pas à pas, les pensées des différentes figures d'autorité de la vie de John, mais surtout leurs passés respectifs.
Constamment baigné dans une atmosphère ultra religieuse, le récit n'en est que plus fort tant il est pointe la contradiction et la fausseté qui émergent au moment de comparer l'histoire de ces personnages à l'apparence si pieuse à leurs comportements problématiques, présents comme passés.
James Baldwin parvient d'ailleurs à démontrer les différents niveaux de violence d'une telle société, qu'il s'agisse du racisme, du sexisme et des violences intra familiales. L'évocation de l'homosexualité est plus que latente mais permet également de comprendre le malaise de John.
Cela étant, je pense qu'il aurait été bénéfique d'aller un peu plus loin sur certaines thématiques, et de moins concentrer les défauts dans quelques personnages. Cela aurait par ailleurs permis de donner plus de poids à une critique de la religion qui peut parfois passer comme une critique des hypocrites religieux plus que des religieux ou de la religion en général.
Je trouve également que l'atmosphère ultra religieuse du texte peut parfois alourdir à l'excès certains passages, notamment celui de la transe de John en fin d'ouvrage. En effet, l'idée d'en faire une preuve de son oppression et de son parcours de vie subie n'est peut être pas la chose la plus explicite qui soit, et que, là encore, la condamnation de la ferveur religieuse n'est peut être pas claire pour tout le monde.
Il n'en reste pas moins que la dénonciation de l'oppression familiale et religieuse, bien qu'un peu trop incarnée par le personnage de Gabriel, demeure un point intéressant du roman, dont les qualités résident également dans l'évocation des souffrances de la communauté noire américaine (cf. personnage de Richard notamment), d'autant plus lorsque cela concerne les femmes, dont les souffrances proviennent des Blanc·he·s mais également des hommes noirs, comme le montre bien les personnages d'Esther, et dans une moindre mesure, d'Elizabeth et de Florence.
7.5/10