À 73 ans, Sybil Van Antwerp constate qu’elle a passé sa vie à écrire des lettres. À des écrivains, à des artistes, à son frère exilé en France, à une doyenne d’université qui lui a interdit d’assister à ses cours, à ses meilleures amies ou encore au jeune Harry, un ado en souffrance. Au fil de ces correspondances s’étalant de 2012 à 2021, on découvre une femme qui a connu une brillante carrière de juriste, qui a divorcé, a une relation difficile avec sa fille et qui, surtout, ne s’est jamais vraiment remise de la perte accidentel de Gilbert, son fils qui n’était alors qu’un enfant. On apprend aussi que la septuagénaire perd peu à peu la vue, qu’un riche texan lui fait la cour et que son adorable voisin veuf ferait un bon parti, même si elle n’en a pas conscience.
J’avoue, au début j’ai eu du mal à m’attacher à Sybil. Un petit côté acariâtre, bornée, froide, qui m’a tenu à distance. Après, difficile de lui reprocher de ne pas savoir ce qu’elle veut, de rester droite dans ses bottes et de ne pas s’en laisser compter. Et puis ça change de lire un roman épistolaire. La forme est maîtrisée de bout en bout, on passe de la lettre papier au mail, les destinataires ont beau être différents, les sujets de conversation variés, l’ensemble forme un tout solidement charpenté. Chaque lettre, envoyée ou reçue, est comme un petit caillou qui nous mène vers la compréhension de ce qu’est et ce qu’à été la vie de Sybil. Un chemin tortueux, douloureux, pavé d’obstacles mais aussi de moments plus joyeux et agréables, bien que plus rares. C’est tendre et délicat, plein d’émotion et de sensibilité. Un travail d’orfèvre !