Les livres à quatre mains sont rares et c’est, entre autres, cette singularité qui m’a poussé à solliciter La Crue dans le cadre du club de lecture de Lire Magazine. Dans ce roman, les quatre mains de Catherine Diament et Clémence Thioly (toutes deux par ailleurs scénaristes – cela aura son importance) tissent une intrigue pleines de rebondissements autour d’un fait historique : la crue centennale de la Seine de 1910, la plus importante jamais recensée à ce jour et qui a conduit à la création des Grands Lacs de la forêt d’Orient – des lacs que je connais parfaitement pour m’y être baigné durant toute mon enfance et mon adolescence.

Je dois avouer que la lecture des premiers chapitres de ce roman m’a effrayé, voyant poindre sous mes yeux tout ce que je n’aime pas dans la littérature : des chapitres très courts et des phrases tout aussi concises (les autrices ne semblent pas connaître l’existence du point-virgule), ce qui engendre un récit qui ne laisse pas de place au développement des situations ou aux digressions ; et moi je n’aime rien tant que les récits qui prennent leur temps et qui n’ont pas peur de s’égarer !

Ajoutez à cela quelques raccourcis faciles et bon nombre de niaiseries (un des personnages féminin qui  murmure « je t’aime » à un homme qu’elle connaît depuis 24 heures à peine ; une autre qui « vit son premier chagrin d’amour » après avoir passé seulement une nuit avec un inconnu ; ou encore les deux amants qui « ne font bientôt plus qu’un »), et vous obtenez tout ce qui me déplait dans la littérature contemporaine. Les autrices ont voulu composer des personnages féminins fort, mais chacun de ces personnages a besoin d’un homme pour s’accomplir et elles n’ont donc pas su éviter l’écueil de la mièvrerie.

Mais tout comme l’amour – dont il est donc beaucoup question ici – véritable est d’aimer une personne avec ses qualités mais aussi, et surtout, ses défauts, ce livre ne m’a pas déplu pour autant car j’ai pris le parti d’occulter ses faiblesses pour me concentrer uniquement sur ses atouts. Et il en a beaucoup.

Tout d’abord, on sent que les autrices sont également scénaristes car l’intrigue est savamment ficelée, les rebondissements diablement bien sentis, et le rythme sans temps-morts. Si j’aime les récits qui prennent leur temps, l’urgence sied malgré tout parfaitement à l’intrigue de ce roman, du fait de sa forme plus cinématographique que littéraire. Et puis il est bien écrit, dans un style simple mais très littéraire malgré tout, et très agréable à lire.

La morale de cette critique ? Il ne faut surtout pas s’arrêter sur les premiers chapitres d’un roman et donner une chance au récit car, en littérature comme en amour (oui, la mièvrerie me fait tiquer mais j’aime l’amour – plus précisément la passion –, cela n’est pas antinomique), on est jamais à l’abris d’une bonne surprise.

Cortex69
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le 19 avr. 2026

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Cédric Moreau

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