Elle a grandi dans le Nord, Pomme. Puis elle a suivi sa mère en région parisienne et a trouvé une place chez un coiffeur. Pendant un séjour en Normandie elle a rencontré un garçon, avec lequel elle s’est installée. Elle a tout pour être heureuse, Pomme ? Difficile à savoir vu qu’elle ne donne jamais son avis, qu’elle n’exprime jamais ses pensées. En-a-t-elle des pensées d’ailleurs ? On pourrait se le demander tellement elle semble transparente au regard des autres. C’est un élément du décor, une compagnie ni agréable ni désagréable, une jeune femme sans rêve et sans relief.
La dentellière, c’est l’histoire d’une vie insipide, de celles dont on n’attend rien. Pas de révolte par rapport à sa condition, pas de prise de position ni d’opinion, Pomme subit, elle s’efface, elle suit le mouvement sans jamais être force de proposition. Une pauvre fille, dans tous les sens du terme, que personne n’admire, à laquelle personne ne fait vraiment attention. Je trouve que le roman a mal vieillit. La narrateur semble regarder son personnage principal avec une forme de mépris et de condescendance doublée d’un patriarcat bien rance qui fleure bon les années 70. J’ai du mal à croire qu’aucun autre roman de 1974 ne méritait davantage le Goncourt que celui-là, qui représente à n’en pas douter une des plus médiocres cuvées de ces 50 dernières années.