Est-ce le contexte politique fascisant actuel, ou bien une simple envie de faire une critique de toutes mes anciennes lectures, qui m’a fait relire ce petit chef d’œuvre ? Je ne sais pas exactement. Mais cette redécouverte et l’écho que celle-ci fait avec l’actualité et d’autres œuvres culturelles plus récentes, montrent l’intemporalité de cette courte fable. Ne serait-ce qu’hier soir, en regardant “Les aigles de la république”, une fiction sur la dictature Egyptienne actuelle, je n’ai cessé de voir des analogies entre la prise de pouvoir de Napoléon dans le roman, et le dictateur Egyptien. Réécriture de l’histoire, exécutions sommaires, culte de la personnalité… Il est terrible de voir que le processus décrit dans la fable d’Orwell, ne cesse de se répéter et de s’appliquer encore et toujours aujourd’hui.
Bien sûr Orwell ne parlait pas de tous les totalitarismes dans son roman, mais décrivait bien la confiscation du rêve communiste par Staline. Mais la puissance et l’universalité de ce livre fait qu’on peut décliner son message à d’autres régimes politiques, voir d’autres combats. La prise de pouvoir des animaux sur l’homme pourrait complètement être lue avec un regard antispéciste aujourd’hui.
J’avais oublié à quel point cette fable vient briser tout espoir de changement, à quel point toute révolution est vaine pour Orwell (ou tout du moins la révolution communiste). Quand une classe dominante est renversée, une autre vient la remplacer immédiatement. S’il m’est difficile de placer politiquement Orwell en lisant la ferme des animaux, il ne fait aucun doute qu’il n’était pas un grand optimiste (et comment lui en vouloir au sortir de la seconde guerre mondiale).
A ma relecture, j’ai également beaucoup été interpellé par le personnage de l’âne Benjamin. Si la plupart des animaux sont très faciles à cerner (les cochons, Staline et ses compères, les moutons, les masses peu éduquées…), j’ai eu du mal à cerner ce dernier. C’est un des animaux les plus intelligents avec les cochons, il comprend ce qui est en train de se passer et pourtant, il ne réagit pas, ne fait rien, ne tente pas de renverser les cochons ? Représente t-il une caste intellectuelle qui n’a rien fait au moment de la prise de pouvoir de Staline ?
Dans tous les cas, j’ai vraiment pris plaisir à relire ces quelques 150 pages où je crois n’importe qui peut toujours aujourd’hui y trouver des clés de lecture sur la lente instauration d’une dictature. Maintenant c’est le moment de redécouvrir 1984, lu dans la foulée de la ferme des animaux il y a une dizaine d’années. Je me souviens avoir plus apprécié à l’époque l’immédiateté de la fable animalière au monde plus dense de la dystopie de Big Brother. Mais j’ai grandi depuis, et quelque chose me dit que 1984 n’est pas aussi culte sans raison.