Philippe Sands réussit quelque chose d'assez rare : transformer une enquête historique en vrai page-turner. Le point de départ est solide — retracer la fuite d'Otto von Wächter, criminel de guerre nazi, à travers l'Italie d'après-guerre jusqu'à sa mort à Rome en 1949 — mais c'est la relation entre Sands et le fils d'Otto, Horst, qui donne toute sa densité au livre.
On suit deux récits en parallèle : l'investigation factuelle sur les ratlines (ces réseaux d'évasion protégés par l'Église), et le portrait d'un fils qui refuse obstinément de voir son père tel qu'il était. Cette tension-là est fascinante, presque inconfortable. Sands ne juge pas Horst frontalement, il le laisse se contredire, et c'est bien plus efficace.
Le livre pose aussi, en creux, une vraie question sur la mémoire familiale et la façon dont on se raconte les bourreaux qu'on a aimés. C'est là où The Ratline dépasse le simple récit historique.
Quelques longueurs dans la partie centrale, et l'accumulation de documents peut parfois alourdir le rythme. Mais l'honnêteté intellectuelle de Sands — il montre ses incertitudes, ses impasses — compense largement.
Pas aussi percutant qu'East West Street du même auteur, mais un livre solide, dérangeant dans le bon sens.