Confronté à l’impossibilité de trouver un angle d’attaque, je cède honteusement à la facilité en balançant de but en blanc une courte définition. Car le saviez-vous ? « Le Biopunk est avant tout un sous-genre de science-fiction que l’on peut définir ainsi : courant dérivé du Cyberpunk, construit principalement non sur les technologies de l’information mais sur la biologie, […]. » (Pour la source et d’éventuels détails, c’est par ici). Cette définition a son utilité dans la mesure où l’on y retrouve certains des éléments majeurs de La fille automate, roman sur lequel il était vraiment temps que j’écrive un petit quelque chose. L’angoisse de la page blanche, ça peut vous prendre à n’importe quel moment.
L’intrigue façonnée par Paolo Bacigalupi (et multiplement récompensée) accorde en effet une grande importance à la biologie, via les manipulations génétiques et leurs éventuelles conséquences dans un ou deux siècles. Les « technologies de l’information » en sont quant à elles presque absentes car, durant ce laps de temps, les sources d’énergie se sont raréfiées et l’économie globale s’est effondrée. Tout un tas de trucs désagréables se joignent à la fête, au nombre desquels de violentes épidémies qui sévissent encore et toujours. Toutefois, si beaucoup de pays ont chuté, la Thaïlande reste debout et c’est là que l’auteur nous emmène.
Le fier et puissant Royaume Thaï résiste en effet aux épidémies, aux inondations et aux appétits étrangers, dont les puissantes compagnies agroalimentaires détentrices des banques de semences mondiales. Toutefois, les choses commencent à changer et c’est là que la dimension politique du roman entre en jeu. Une des bonnes idées de l’auteur est de ne pas construire son intrigue uniquement autour des conséquences d’un effondrement de l’économie, mais plutôt sur la timide reprise des échanges qui lui succède. Sur cette question, les vues du puissant ministère de l’Environnement, garant de la survie du pays, et celui du Commerce sont diamétralement opposées, et la tension augmente.
Au-delà du contexte général, qui a l’avantage d’être plutôt original, bien construit et propice à l’imagination (que faire des gratte-ciels désormais vides et sans électricité ?), ce sont les trajectoires croisées de divers personnages, tels un employé agroalimentaire américain, un réfugié chinois ou encore un héros national thaï, qui font avancer l’intrigue. Cela bien sûr sans oublier Emiko, l’automate qui inspire le nom du livre. Davantage prouesse génétique que technologique, elle prend son temps pour se révéler au lecteur mais reste une pièce centrale de ce puzzle asiatique et emmène l’histoire sur des rivages plus existentiels.
Enfin, même si les thèmes abordés dans ce roman font l’actualité et provoquent souvent la polémique, je n’ai aucune envie de m’attarder là-dessus. Je me contenterai plutôt de dire que La fille automate m’a apporté tout ce que j’attendais d’un roman de science-fiction qui se respecte : de l’imagination, du rêve (à tendance cauchemardesque), de la réflexion et même une bonne dose de suspense. De la bonne came, avec ou sans OGM.