Fin du premier tome de la trilogie. Déroulement très classique chez Robin Hobb. Il ne se passe presque rien pendant les neuf dixièmes du livre. On a parfois l’impression d’être davantage dans les malheurs de Sophie, pardon d’Abeille, que dans l’univers de l’Assassin royal. Le domaine de Flétribois ressemble presque à une maison refuge pour les bâtards et les égarés du royaume.
Tout n’est pas inintéressant pour autant. Certains passages sont touchants, notamment lorsque l’on suit Fitz ou Abeille dans les questions d’éducation et de transmission. Mais une grande partie du roman donne surtout le sentiment d’assister à la gestion quotidienne d’un domaine et à ses petits aléas, plus qu’à une véritable progression de l’histoire.
Et soudain, dans les deux derniers chapitres, brutale accélération. Le Fou réapparaît presque comme sorti d’un chapeau, ce qui rappelle un peu l’arrivée de Burrich sur l’île d’Aslevjal dans un précédent cycle. L’attaque du domaine, les morts et le chaos arrivent d’un coup, comme pour réveiller le récit au dernier moment.
Il n’était pas très difficile non plus de deviner depuis un moment qu’Abeille est l’Enfant Inattendu tant les indices et préfigurations sont nombreux. Après avoir exploré les dragons et les Anciens, Hobb semble vouloir approfondir cette fois la mythologie des Blancs. Leur nature reste d’ailleurs volontairement ambiguë. On les confond souvent avec des femmes et leur rapport au corps et à l’identité semble bien plus complexe qu’il n’y paraît, à l’image du Fou lui-même. Reste à voir comment Abeille s’inscrit réellement dans cet héritage.
Au final, un rythme très mou suivi d’une accélération brutale pour conclure sur un coup de théâtre final. L’effet fonctionne mais donne un peu l’impression d’un suspense fabriqué. J’en attends personnellement davantage pour la suite qu’un simple retour du Fou destiné à relancer la machine et à jouer sur l’affect des fidèles de la série.