Leonore Beadsman a une vie bien compliquée. Riche héritière, elle préfère travailler au standard d’une maison d’édition. Malheureusement ce standard se met à recevoir tous les appels de la ville. Pendant ce temps son arrière-grand-mère a disparu mystérieusement de sa maison de retraite avec d’autres pensionnaires, sa perruche se met à tenir des discours de fondamentaliste chrétien et devient une star de la télé.

Elle se réfugie dans les bras de Rick Vigorous, son patron et amant qui lui raconte les histoires d’amour déviantes qu’il reçoit pour sa maison d’édition. Leonore pense être un personnage de roman dont un narrateur omniscient tirerait les ficelles.

Pour un chroniqueur il n’est pas évident d’écrire la critique d’un roman plus intelligent que lui, pardonnez donc si je me casse la gueule.

La fonction du balai est un livre qui interroge. Il interroge, la langue et son pouvoir, il joue avec le lecteur, les sous texte, les références cachées. J’ai passé les 700 pages du livre à me demander où l’auteur voulait en venir exactement et je n’ai jamais vraiment eu la réponse.

Ce qui ne m’a pas posé de problème pendant la lecture car David Foster Wallace, dont c’est le 1er roman est manifestement un auteur brillant

Les dialogues sont géniaux, les situations qui naviguent en burlesque et surréaliste sont excellentes, le portrait de l’Amérique assez féroce et l’on rit beaucoup pendant tout le livre. Mais derrière l’humour, il y’a un désespoir et des personnages en souffrance. L’univers du livre est déséquilibré, humains, machines et animaux ont tous des comportements déréglés

L’auteur lâche rapidement le fil de l’histoire principale pour placer des digressions en tout genre, ou enchâsser des narrations dans la narration principale, notamment les histoires que raconte Rick à Leonore pour la garder près de lui. Narrations secondaires qui ont évidemment un sens par rapport à la narration principale et qui viennent l’enrichir. Le roman change aussi souvent de forme passant d’une narration classique à une narration via par les personnages, des retranscriptions de séance de psychanalyse, des monologues intérieurs…

Le roman entretien ainsi un jeu constant avec la narration, la réalité et sur la capacité des mots a créé le réel. L’auteur manifestement très savant mélange subtilement au texte des théories sur le langage et son influence sur les rapports que tissent les individus entre eux.

Si j’ai pris beaucoup de plaisir à lire La fonction du balai et beaucoup ris pendant la lecture, j’ai quand même du mal à accrocher à ce genre de littérature sur le fond.

Trop méta, trop référencée, trop construite et reposant sur des personnages volontairement plats -je crois qu’on parle de roman postmoderne- je trouve que tout cela manque de corps, de chair.

C’est amusant de se demander ce que l’auteur a voulu dire mais comme la réponse se trouve dans des théories philosophiques que je ne connais pas, ça limite la portée de l’exercice.

Un livre qui me laisse donc un sentiment mitigé, plaisant à lire, avec du fond, manifestement l’œuvre d’un grand écrivain mais qui au final me parle peu.
Coriolano
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le 11 févr. 2015

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