La narration, chez Selby Jr , n'a jamais été quelque chose de linéaire et de coulant, mais plutôt chaotique et détourné. Ici, plus que dans toute autre de ces oeuvres, cet aspect est magnifié de façon démesurée.Ici, la geôle est celle bâtie autour du lecteur.

La Geôle conte, à la première personne, l'histoire d'un homme enfermé, cellule minuscule, murs anonymes et crasseux. Le voyage interrompu devient donc intérieur. Et à l'intérieur de cet homme, réside le monstre.



A travers des flash-backs, où s'entremêlent souvenirs d'enfances, fantasmes et réminiscences, Selby perd à dessein le lecteur, l'entraîne dans la psyché du narrateur, et vite, très vite, le malaise s'installe. Que sont ces histoires scandées plutôt que racontées, comme un mantra? Que sont ces morceaux de souvenirs, ces bribes de raisons, qui flottent dans la bile?

L'écriture est rapide et massive, sans presque aucune ponctuation. Les phrases sont parfois répétées ad nauseam, les mots s'entrechoquent, se déforment. C'est un langage verbal, très imagé, qui s'échappe du narrateur, c'est le fil de sa pensée qui se désagrège que l'on doit suivre. Entraînés vers de sombres recoins, il est pourtant trop tard pour reculer. Chaque page est une épreuve, un combat contre le dégoût. Mais quel brio ! Quelle force ! Car le talent de Selby éclate ici sans aucune limite, et la répulsion qu'il parvient à instiller démontre qu'il maîtrise tant sa syntaxe que son sujet.

Le lecteur, harassé, encerclé comme un détenu par les matons, ressent bientôt la nausée lui monter aux lèvres. Mais ces lèvres sourient. Car ce qui apparaît derrière les mots, balancés en blocs noirs, c'est la folie, qui s'échappe mieux que le corps, qui sort des murs pour les foutre en l'air, pour se venger de ceux qui ont enfermé la chair.

C'est la haine, brutale, compacte, tranchante comme un rasoir, sauvage comme l'oeil de la bête, qui se déverse, tout au long de ces quatre cents pages. Impitoyable démonstration, écriture au scalpel, Selby Jr voulait heurter l'amérique, et c'est effectivement un uppercut magistral balancé à la face des Etats-Unis, et du lecteur.

Un livre choc
Attention avant d'ouvrir ce bouquin. Car lorsque vous entrerez dans la cellule, un monstre sans pitié, sanguinaire et sadique, vous attend pour plonger ses crocs dans votre âme, et la déchiqueter. Et pourtant, on en redemande, on y revient. On se promet d'abandonner le livre, de l'éloigner, et on le rouvre, pour quelques pages. Fascination de l'horreur, et fascination pour cette écriture à nulle autre pareille.

"Parfois nous avons la certitude absolue que réside en nous quelque chose de si laid et monstrueux que si nous le cherchions, nous ne pourrions le regarder en face. Mais c'est justement lorsque nous sommes prêts au face à face avec ce démon que nous rencontrons l'Ange."

Huber Selby Jr, l'auteur le plus dément de sa génération, signe avec la Geôle, un roman dérangeant, sanguin, violent, répugnant... mais nécessaire. Un livre choc, un livre culte., pour lecteur averti.



eukaryot
9
Écrit par

Créée

le 2 avr. 2012

Critique lue 962 fois

La Geôle

La Geôle

8

Jean-Joseph_K

le 25 nov. 2010

Suivre

Critique de La Geôle par Jean-Joseph_K

Un seul conseil : il faut avoir le cœur bien accroché. Certains passages sont carrément insoutenables. Un très bon Selby. Un des meilleurs avec Le démon. Ce n'est toutefois pas La geôle que je...

La Geôle

La Geôle

9

MC_Sauteuse

le 21 août 2012

Suivre
Dernière modification

le 29 août 2012

à 180km/h j'ai pris le cul d'un six tonnes qui freina brusquement. je n'étais plus que bouillie.

c'est un flot de vomi qui frappe le cerveau avec toute la violence des vagues qui s'écrasent sur les falaises abruptes semblables aux murs gris inamovibles et éternels d'une cellule de prison. c'est...

La Geôle

La Geôle

9

DHxC

le 11 oct. 2012

Suivre

Critique de La Geôle par DHxC

Première découverte, première expérience "Hubert Selby Jr.". Génial. J'adore son style d'écriture, le côté "écorché" de ses personnages. Vraiment un très bon livre qui m'a lancé à découvrir tous ses...

’Allelujah! Don’t Bend! Ascend!

’Allelujah! Don’t Bend! Ascend!

9

eukaryot

le 13 oct. 2012

Suivre

retour en grande pompe (dans ta gueule.)

Ils sont revenus, quasi sur la pointe des pieds, avec un album qui pourtant n'a rien de discret. Si l'on retrouve immédiatement les sonorités Godspeediennes qui ont re-défini le postrock pendant une...

Red

Red

10

eukaryot

le 4 avr. 2012

Suivre

Critique de Red par eukaryot

Groupe phare du mouvement progressif, né du cerveau un poil boursouflé mais néanmoins torturé du sieur Gilles Fripp, (je vous invite à d'ailleurs écouter The Cheerful Insanity of Giles, Giles and...

Souls at Zero

Souls at Zero

9

eukaryot

le 6 avr. 2012

Suivre

Critique de Souls at Zero par eukaryot

Des fois, c'est pas facile d'être chroniqueur. Sisi. Ce n'est pas toujours une question d'écouter de la musique qui tue tout en s'enfilant de la coke et des putes russes mineures et lascives. Des...