On sait, on imagine ce que la mort d'un père peut provoquer chez les enfants, la famille. Un bouleversement, une tristesse, des questionnements, une introspection, des retrouvailles parfois. Plus terre à terre, un tel évènement implique une logistique, des démarches administratives, des rites étranges, des condoléances, des héritages matériels et immatériels à gérer... On sait moins, on imagine moins ce que cela représente et peut déclencher lorsque le processus se fait de part et d'autre de la Méditerranée. Un pied en France, l'autre en Algérie. Des strates se rajoutent.
La Grande Méthode évoque ce moment, déroule ce temps un peu inconscient, du souvenir de la figure paternelle et de ce qu'il laisse. La découverte des liens, des racines qui s'effaçaient et paradoxalement une profonde réflexion sur le déracinement et les liens si particuliers entre les deux pays. Ceux qui sont partis. Ceux qui sont restés.
Louis Yousfi écrit avec la tête et le cœur. Une écriture touchante, parfois drôle, poétique et brillante sur le deuil, le rapatriement d'un corps sur des terres ancestrales. Les ressentiments, la culpabilité. Un texte protéiforme qui glisse peu à peu de l'intime, de l'instant, de l'émotion pour toucher finalement à la fois au politique, à l'historique et s'élever un peu, beaucoup, vers le mystique, le spirituel. L'universel.