Entre odyssée et conte, Louisa Yousfi raconte le retour du corps de son père dans le pays qui l'a vu naître, l'Algérie. Mais plus encore, Yousfi raconte ce qui reste de ce monde en elle, l'exilée. Le récit d'une histoire, sa reminescence d'un monde qu'elle n'a pas connu et qui l'a façonne. Un père, un pays, un peuple dont l'on vient. Yousfi ausculte les signes, les gestes, les rituels, le sens qu'ils portent, les histoires qu'ils charrient. D'une langue qui la façonne sans qu'elle ne la connaisse, à un monde qui la traverse. Parfois terrassée par le doute de l'histoire qu'elle écrit ("Il est mort en gardant ses clefs. C'est toi qui inventes les portes.") parfois sublimée par l'histoire qui la parcourt ("Et ceux-là, ceux qui prient sans prière, qui croient sans recueillement, qui espèrent sans dogme, ont gardé, malgré tout, une part secrète à l'abri du monde."), Louisa Yousfi fait feu de sa langue pour donner corps à celle qu'elle ne parle pas. A une culture, à un monde qui la transperce et nous transperce avec elle. Fort et palpitant. "La mémoire n'est pas un monument. C'est un éclat, une poignée de main, une phrase dite à mi-voix un soir d'été".