Mais ça s’arrêtera à 7 ¾. Pour plusieurs raisons : le plus, c’est plutôt sur le fond : Damasio est un écrivain avec une imagination extraordinairement fertile, il a des idées extrêmement intéressantes et il arrive à rendre son univers crédible, cohérent : on se figure facilement la Terre devenue Planète Éole et toutes les adaptations techniques que l’humain a dû déployer pour répondre à cette contrainte ; on voit sans peine les cités qu’il décrit, les plaines balayées par le vent implacable, la Horde qui pour contrer les effets du vent adopte des formations géométriques un peu comme le faisait l’armée romaine sur les champs de bataille, le système de transcription des vents qui se note un peu comme une partition de musique, avec ses silences, ses modulations, ses forte, ... bref on sent que Damasio a travaillé très dur à rendre son univers vraisemblable, presque tangible même. Il a même trouvé un système assez efficace pour identifier le narrateur de chaque paragraphe : la Horde étant nombreuse, chaque personnage a un caractère (par exemple une apostrophe) qui lui est attribué pour bien identifier qui décrit les péripéties. Seulement voilà, il y a plusieurs choses qui m’ont empêché de m’oublier complètement, de m’absorber intégralement dans ce roman, comme cela pouvait m’arriver plus jeune dans d'autres œuvres de fiction. La première chose je dirais, ce sont les personnages. On dirait que pour les rendre crédibles, Damasio cherche à leur forcer les traits, au point que cela leur donne presque un caractère artificiel : je pense notamment au Golgoth, le charretier du groupe, dont les répliques acides et argotiques me rappellent le style d’écriture d’un certain Louis-Ferdinand (ça vaut un point Godwin ou pas ? , le pitre du groupe, Caracole, très caricatural lui aussi, Oroshi la fille intello de service,... en somme il grossit leurs traits sans leur donner vraiment de profondeur et c’est un manque je trouve, je l’avais déjà remarqué dans le premier roman que j’ai lu de lui : Les Furtifs. L’autre point un peu dommage c’est que Damasio étant sans conteste un cerveau brillant, on perçoit un petit complexe de supériorité intellectuelle qui perce à travers ses écrits : il ne peut s’empêcher assez souvent d’alambiquer, d’alourdir ses phrases, et sans nécessité : il gagnerait à alléger un peu, la lecture n’en serait que plus fluide, j’ai souvent buté sur des phrases dont la tournure étaient à mon sens compliquée pour au final pas grand chose. La fin du roman m’a fait un peu le même effet : sans spoiler, on pourrait dire qu’il a déroulé toute une immense intrigue pour arriver à un résultat plutôt mi-figue/mi-raisin, un peu l’effet Éléphant qui accouche d’une petite souris. En résumé j’aurais adoré pouvoir me jeter à corps perdu dans l’intrigue, mais ces principaux aspects m’en ont empêché, et je ressors frustré de cette lecture, car l’univers est vraiment captivant.