Ouvrir un livre de Cécile Coulon revient à accorder au temps le pouvoir de revenir en arrière, d’accéder à une époque révolue, où la vie indissociable de la nature, se déroulait plus à la campagne que dans les villes. Il est question de féminisme dans ce roman, de l’indicible violence des hommes envers les femmes. Sur le fond, le récit est intemporel comme souvent chez l’autrice. La Nature dans son oeuvre est toujours féminine, c’est une matrice qui ploie sous l’influence des hommes mais jamais ne se brise. Le prologue seul permet de saisir le talent de l’autrice, comme si sa plume telle une baguette magique convoquait les grandes figures littéraires dont elle porte l’héritage.
Un jeune guérisseur, qui a hérité du don de sa mère, parcourt la campagne au chevet de malades que la science ne peut guérir. Comme sa mère avant lui, il perçoit « les choses cachées », celles qui sont tues dans la honte, la soumission. Le lieu où il est appelé à intervenir se nomme Le fonds du puits, un endroit sombre où jamais le soleil ne pénètre, dans lequel « les bâtisses sont comme des dents dans une vieille bouche« . Où met-il les pieds, ce solitaire doté d’un sixième sens grâce auquel il perçoit la violence des hommes ?
Je suis toujours séduite par la beauté de l’écriture poétique de l’autrice. Paradoxalement, parmi les livres que j’ai lu de Cécile Coulon, La langue des choses cachées me semble être son ouvrage le plus audacieux, mais également le plus insaisissable. J’ai été moins envoûtée par ses personnages que dans Seule en sa demeure ou Une bête au paradis, et je le regrette fort car j’aime la façon dont elle dépeint la brutalité des hommes, et la force de la nature, thèmes qui lui sont très chers. Cependant, le style terriblement imagé n’épargne pas le lecteur, ce qui fait de ce texte une lecture forte et magnétique.