La machine à explorer le temps est, en matière de SF, ce qu'on peut appeler « un bon vieux classique ». En effet, H.G. Wells est communément considéré comme un des pères fondateurs du genre et cette histoire de voyage dans le temps constitue son tout premier roman. Je l'ai lu pour la première fois alors que je me délectais encore des magazines Okapi et Images Doc, autant dire que ça remonte, et j'en conservais encore des images assez nettes (j'avais été très impressionné) jusqu'à ce que je me décide à rafraîchir tout ça. L'idée de base du roman est simple : un scientifique enthousiaste a trouvé le moyen de voyager dans le temps au moyen d'une machine*, qu'il compte utiliser pour explorer le futur. Un soir, des amis réunis chez lui le voient passer la porte, fourbu et affamé. Après avoir englouti son repas et malgré le scepticisme bien compréhensible de ses convives, il leur raconte son périple.

Wells ne fait pas dans la dentelle : au lieu d'envoyer son explorateur dans un ou deux siècles (à partir de la fin du XIXème), il le propulse directement dans plusieurs centaines de milliers d'années, histoire d'être certain que ses arrières petits enfants ne viendront pas gâcher sa retraite en lui mettant sous le nez d'inévitables incohérences. Le bond est vertigineux et laisse donc place à l'imagination. L'explorateur débarque dans un monde a priori pacifique peuplé de petits bonshommes qu'il devine être les descendants de ses contemporains, sauf qu'ils n'ont rien d'autre à faire que de jouer, manger, et avoir peur du noir. Ca, ce sont ses premières impressions, desquelles il tirera des conclusions sur lesquelles il sera vite obligé de revenir. Ce qui est clair, c'est que la société future que nous dépeint Wells, citoyen britannique, a beau être étrange, elle trouve ses racines dans le monde qu'il connaissait et pour lequel il ne semblait pas vouer un amour profond. Suffisamment de choses ont déjà été écrites à ce sujet, mais il est assez net que Wells se sert de l'avenir qu'il imagine pour critiquer le présent qu'il perçoit (en fait, Orwell ne fait pas vraiment autre chose dans 1984, si je ne devais prendre que cet exemple). En somme, difficile d'ignorer la dimension politique du récit, clairement porté sur la condamnation de l'exploitation des travailleurs.

Enfin, ce roman pourrait être aussi imaginatif que possible, il n'aurait pas la même force s'il n'était pas bien raconté. Or, en ce qui me concerne, j'ai dévoré d'une traite les 166 pages de la traduction française. De plus, la clarté avec laquelle les descriptions se sont imposées dans mon esprit n'a pas manqué de me frapper. Evidemment, la relative simplicité de l'univers décrit y contribue, mais certains tableaux sont vraiment gravés dans ma mémoire. En conclusion, m'est avis que les générations successives, jeunes et moins jeunes, n'ont pas fini de dévorer cette histoire : ce doit être ça, la vraie manière d'explorer le temps.

* L'abus d'une certaine série a empêché mon imagination malade de la concevoir autrement que sous forme de TARDIS.
Nonivuniconnu
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le 29 janv. 2012

Modifiée

le 30 août 2012

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