Maxence van der Meersch, pour son premier roman, plonge dans les trafics féroces de la contrebande de tabac, à la frontière belge, entre Dunkerque et Furnes. C'est le récit des hommes et des chiens pris dans le jeu dangereux de la fraude : Sylvain le trafiquant, sa femme Germaine, son ami César, le chien Tom, Jules le flic et le douanier Lourges ... L'immense talent de Maxence van der Meersch est de n'utiliser qu'une poignée de personnages, mais d'en faire un portrait fort et fidèle. Les maraudes dans les dunes, le duel entre Sylvain et Lourges, le bistrot minable tenu par Monsieur Henri, et Jeanne la maquerelle qui fait ses comptes en bas de l'escalier, voilà autant de scènes qu'on croit avoir vécues dès qu'on les a lues, qui nous prennent aux tripes.
Immense auteur chrétien, Maxence van der Meersch croit à un Dieu sévère avec les hommes et les bêtes. Le roman suit le repentir désespéré de Sylvain, qui tente de renoncer au trafic, lorsqu'il rencontre la très douce Pascaline ; puis comment la méchanceté des hommes viendra salir cette rencontre. On referme ce livre saisis, frappés par l'incroyable dureté de l'auteur avec ses créatures.
Côté style, pour un premier roman, toute l'écriture de Maxence van der Meersch est déjà là. Il brosse un tableau puissant de la Mer du Nord, depuis le port de Dunkerque jusqu'au canal de Furnes, et les dunes battues par les vents qui les séparent. Quelques passages relèvent d'un vrai tour de force, comme le chapitre IV, lorsque l'auteur se glisse dans la peau d'un chien, pour raconter la lutte contre les molosses des douaniers.
La quatrième de couverture de ma vieille édition le dit mieux que moi : « un livre violent, direct, vrai, profondément humain ».
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