Après avoir particulièrement apprécié Le Sang noir du même auteur, j’avais envie de poursuivre son œuvre en revenant à ses débuts avec La maison du peuple. Court roman, à la lecture fluide, porté par une langue sobre, retenue, qui ne cherche jamais à en faire trop. Guilloux y dépeint une famille ouvrière du début du XXe siècle, toujours dans sa ville de Saint-Brieuc, qui lui est chère. Il ne les idéalise pas, ne les écrase pas non plus, il les montre simplement pour ce qu’ils sont, avec une justesse qui fait mouche.
On les voit lutter pour vivre, s’organiser, s’associer dans ce moment charnière où le socialisme commence à s’ancrer en France. En face, les bourgeois avancent plus discrètement, par opportunisme, par stratégie, parfois par trahison, pour conserver ou conquérir le pouvoir. Le peuple, lui, recommence sans cesse, sans jamais renoncer, porté par l’espoir d’un renversement qui lui permettrait enfin de devenir acteur de son destin.
Le roman s’achève à l’approche de la Première Guerre mondiale, qui vient brutalement interrompre cette dynamique d’émancipation. Comme si cette rupture historique venait refermer, au moins provisoirement, cette tentative d’organisation et d’élévation collective, et posait en creux la question de ce que cette guerre est venue réellement interrompre.
On reste sur notre faim, tant l’envie de prolonger cette immersion est forte. Une frustration presque positive, qui tient à la brièveté du texte et à la densité de ce qu’il esquisse.