La Maison verte par Antoine Zim
Je poursuis ma découverte du grand auteur péruvien avec « la maison verte » qui est son deuxième roman ( si on exclut la nouvelle les caïds ) publié en 1965 deux ans après son premier roman très réussi « la ville et les chiens »J’avais particulièrement apprécié ce dernier et je cherchais obstinément par lequel poursuivre. Il apparaissait assez vite que « conversation à la Catedrale » faisait figure de sommet de son œuvre littéraire ( dixit l’auteur lui même) mais il n’était disponible qu’en collection blanche (et trouvable uniquement en occasion car non réédité jusqu’à très récemment où une édition folio a vu le jour) En France ses romans les plus populaires semblaient loin d’être les meilleurs (la tante Julia et le scribouillard par exemple) et il faut avouer qu’il était difficile de trouver des avis ( qui plus est de qualité) sur sens critique. J’étais attiré par le roman « la maison verte » que je possédais déjà dans ma bibliothèque et dont le résumé de la 4 eme de couverture me paraissait plutôt aguicheur. Mais je fus (à tort) refroidi par le peu d’intérêt qu’il semblait susciter sur sens critique ( moyenne faible , peu de notes , absent de la liste des meilleurs livres latino américains) Je le délaissais donc pendant plusieurs mois avant d’y revenir ayant appris qu’il avait reçu le premier prix Romulo-Gallegos lors de sa création en 1967. Prix littéraire le plus important d’Amérique latine ayant récompensé par la suite entre autres « cent ans de solitude » , « terra nostra » ou les détectives sauvages ( rien que ça) je me dis que ce livre devait valoir le coup et je décidais de l’attaquer. La scène introductrice du livre est assez confuse, quelques indications spatiales brèves , beaucoup de personnages nommés à tout de rôle sans présentation préalable , dialogues intercalés directement dans le texte ( discours indirect libre) et laisse une impression mitigée. Puis commence la première partie découpée en chapitres eux même en plusieurs longs paragraphes suivants des personnages distincts ( 4 grandes trames se distinguent , celle de Bonifacia la petite indienne, celle du bandit Fuschia, celle suivant les indomptables et celle de don Anselmo) mais dont la chronologie est complètement désordonnée. Les 100 premières pages sont assez ardues , on est sans cesse baladé d’intrigue en intrigue dans des lieux et temps sans cesse différents sans comprendre grand chose aux tenants et aux aboutissants de l’histoire. S’y ajoute ce que Vargas Llosa appelle « la technique des vases communicants » c’est à dire que des phrases prononcées par certains personnages nous transportent soudainement sans prévenir dans un autre espace temps ( en général antérieur) Les descriptions sommaires sont ponctuées régulièrement de mots espagnols non traduits désignant en général un arbre , une plante, une boisson ou un aliment local. Les indications géographiques notamment concernant la mission de Santa Maria de Nieva , les quartiers de Piura et différents fleuves permettent néanmoins de s’imaginer aisément les différents lieux de l’action. Aucun événement se déroulant ne sort du réel mais certains sont amplifiés et revêtent ainsi un caractère extraordinaire comme les tempêtes de sable continuelles qui s’abattent sur Piura. Il ne nous est donné aucune date et peu ou pas de lien chronologique avec des événements extérieurs ce qui renforce l’impression d’un petit microcosme autonome et sans âge. Cependant passé le premier quart du livre on commence à se familiariser avec les personnages et certains fils narratifs se révèlent petit à petit. Les situations sont de plus en plus savoureuses et commence à se dessiner les liens entre les différentes trames. La technique des vases communicants donne des chapitres particulièrement réussis et fluides et qui culmine pour donner des instants de profonde tension dramatique comme la scène de la roulette russe à la maison verte. Le plaisir de la lecture augmente ainsi progressivement que nos yeux commencent à s’habituer à l’obscurité initiale ( un peu comme l’Ulysse de Joyce) et Vargas Llosa nous gratifie d’une dernière scène complètement hallucinante dans un bar à l’aube et qui vient terminer le livre de façon somptueuse. Je remercie mille fois mes pas de m’avoir guidé vers cette œuvre fabuleuse qui surpasse La Ville et les chiens (prouesse en soi). Pour les amateurs du boom latino américain c’est incontestablement une œuvre majeure et je suis encore une fois extrêmement surpris qu’il soit resté aussi confidentiel sur SC. J'espère que cette critique évitera à des lecteurs de passer à côté comme j’ai bien failli le faire !
(Note 8,5/10)
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il y a 4 jours
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