Les sixties aux États-Unis, c'est un peu la marotte de Marc Dugain. Comme l'écrivain de La Chambre des Officiers l'indique, il reste traumatisé par cette période. Il faut dire que cette décennie a vu émerger une vague d'espoir avant qu'elle finisse par s'abattre dans la fureur et le sang.
Cet espoir, ils sont plusieurs à l'avoir représenté : les frères Kennedy et Martin Luther King entre autres (ce sont bien eux qui intéressent Dugain). Et son funeste destin, c'est à une figure telle que John Edgar Hoover qu'on la doit, selon l'auteur.
Une thèse intéressante (qui fait toujours l'objet de débats entre historiens), que Dugain traite avec une audace assez jubilatoire. Dans La Malediction d'Edgar, les salauds ont la parole si l'on peut dire. Au travers des mémoires de Clyde Tolson (fictives ou réelles, le livre reste flou à ce sujet) , le bras-droit voire plus du patron du FBI, c'est un condensé de la lutte pour le pouvoir qui se dessine.
Hoover n'était pas juste "le premier flic de l'Amérique", il était celui qui s'arroge le droit de mettre sur écoute toute personne menaçant ses intérêts ou ses idéaux. Noirs, homos, bobos, cocos, gauchos; personne n'échappait à son radar. Dans sa description de la rhétorique Hoover, l'ouvrage se montre à la fois choquant et comique, devant le caractère jusqu'au-boutiste et hypocrite de l'homme.
Même si ce sont les mots de Tolson (partisan et amant de Hoover), la charge est extrêmement acérée. Elle rend compte d'une réalité souvent conspuée ou méprisée : celle d'un pays dont le président n'est finalement qu'un maillon de la chaîne du pouvoir. Avec autant d'intérêts en jeu, les atouts prennent différentes formes (argent, contacts et informations). Et finalement ils sont une bonne pelletée à se les partager.
La malédiction d'Edgar permet en creux de rétablir certaines faits souvent passés sous silence ou vite évacués concernant les Kennedy : liens avec des parrains type Jimmy Hoffa, la satyriasis de JFK. Ce qui donne suffisamment de matière pour permettre aux curieux d'y trouver un os à ronger.
Marc Dugain est passionné, indiscutablement : le roman est extrêmement documenté, riche sans pour autant tomber dans l'énumération ou la description assommante. Avec précision, émotion et humour nous est contée l'une des pages les plus troubles des U.S.A.
L'un des meilleurs de son auteur.