Je n'ai jamais vu ouvrage traîner si souvent sur un meuble, chez des amis qui fumaient à côté. Mais le propos de cette critique n'est pas de contester l'efficacité du bouquin mais d'en expliquer le mécanisme.
Allen Carr démontre, à juste titre, que la nicotine rend dépendant celui qui en consomme et le pousse à assouvir le besoin artificiellement créé en fumant. Il s'ensuit un cercle vicieux où le besoin se fait plus pressant et donc génère une augmentation de la consommation de cigarettes, jusqu'à trouver un "équilibre", variable selon les individus : c'est tout à fait exact.
Il conclue (je raccourci) qu'en supprimant la cigarette, et passé la période de désintoxication, d'ailleurs assez longue pour ce produit psychotrope (quinze jours contre 48 heures pour l'héroïne), le fumeur n'éprouvera plus le besoin d'allumer une clope : ce n'est que partiellement vrai.
Vous l'avez sûrement remarqué, les plus grands plaisirs que nous octroie la vie sont liés à l'assouvissement d'un besoin vital : manger, boire un grand verre d'eau quand on est déshydraté, se libérer d'un colis aux toilettes, prendre une grande respiration d'air après une apnée et j'en passe. Ces plaisirs basiques sont très fortement associés à un soulagement (ne dit-on pas en allant aux WC : je vais aller me soulager... non c'est vrai on ne le dit pas, mais ça reste une expression).
La nicotine, comme tous les produits psychotropes, vise à créer un besoin (qui n'a rien de vital, bien au contraire) que l'on va pouvoir assouvir à loisir, procurant un soulagement et donc un plaisir. Pour le fumeur qui recherche ce type de plaisir, pour celui qui a un penchant pour la toxicomanie, le livre d'Allen Carr est non seulement inefficace mais contre-productif. La méthode ne fonctionnera pas et le fumeur subira ce qu'il ressentira comme un échec.
Pour d'autres fumeurs, il semble que la méthode fonctionne. Mais mieux vaut être prévenu.