Fuentes pulvérise la rhétorique officielle de la révolution mexicaine

Avec ce roman La mort d'Artemio Cruz, Carlos Fuentes s'est fixé une ambition qu'il a finalement accomplie : établir disait l'auteur "une correspondance étroite entre la vision du monde et l'expression littéraire".

D'une construction élaborée, jouant sur trois personnes verbales (je, tu, il) à la façon des palmiers sauvages de Faulkner, ce roman met en scène un nanti social et politique sur le point de mourir, issu de la classe ouvrière rurale, et qui doit sa fortune et son ascension sociale à la révolution mexicaine. Mêlant agonie présente d'Artemio et passé de plus en plus lointain de façon non linéaire, l'auteur finit par fusionner le début et la fin de l'existence de son protagoniste, dans une sorte de cycle fermé et sans échappatoire, où le temps occidental côtoie le temps cyclique pré-hispanique.

Changeant subtilement de narrateur et de perspectives et en imposant une temporalité judicieusement diffractée, Carlos Fuentes déploie la biographie imaginaire d'un homme obsédé par le pouvoir et l'intérêt, mais aussi le renoncement à ses idéaux et sa déchéance morale, pour mieux pulvériser la rhétorique officielle de la révolution mexicaine en dénonçant une oligarchie qui a détourné les acquis révolutionnaires à son avantage.

Carlos Fuentes ne raconte pas la vie d'un arriviste : au-delà de l'évocation historique et politique, son objectif est de dévoiler de façon critique les pulsions silencieuses et les agitations secrètes d'un Mexique en pleine évolution, critique qui se concentrera ensuite dans les essais qui succèderont à ce roman. Fuentes, encore une fois, propose par l'imaginaire une ardente approche des vérités humaines.

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le 24 avr. 2026

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Soph CH

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