C’est du roman autant qu’une enquête journalistique, autant qu’une délivrance intime. Trois histoires de femmes victimes de violences par leur partenaire : l’autrice, sa cousine, et une inconnue. Trois histoires, à trois périodes et lieux différents. On comprend que les histoires de la cousine et de l'inconnue viennent percuter le drame ancien de l'écrivaine, déclanchant le besoin et la créativité littéraire. Le cadre est posé dès le premier chapitre « La pièce imaginaire ». Ce sont les mots qui, choisis, auront la liberté et le pouvoir.

Faut-il avoir vécu soi-même la peur, la chosification, cette réduction de liberté mentale, pour en parler le mieux ? Faut-il du temps pour trouver une certaine distance, en même temps qu’une lucidité vivante et douloureuse ? Incontestablement, les écrits de Nathacha Appanah traduisent une violence côtoyée et étudiée. Au-delà, l’autrice nous offre une démonstration de la richesse et du pouvoir du langage : recherche extrême de la justesse des mots, expression de l’émotion, flou du doute ou aveu de l’échec devant l’indicible.

L’angle du récit est de réhabiliter ces femmes, de dire qui elles étaient avant la rencontre de ce partenaire et leur tranche de vie commune faite de violences. Quand leur histoire est connue, par la famille, les voisins, les collègues, les medias, on décrit la victime, son cortège de soumission et de honte, ses non-dits et ses volte-faces, presque sous-entendant la fatalité de l’issue. Pourtant, cela arrive parce que, justement, ce qu’elles étaient avant cette rencontre a été anhihilé. Ces femmes étaient pleines de rêves et d’énergie, talentueuses, sportives, malicieuses, entreprenantes. Ces femmes étaient des amoureuses, des mères aimantes et attentionnées.

L'écrivaine va à leur rencontre, avec pudeur et délicatesse. En réhumanisant Nathacha, Emma, ou Chahinez, c’est une réparation sociétale. Et cela fait du bien. Leurs bourreaux restent dans la noirceur et n’attirent plus de fascination horrifique morbide. Elles reprennent la lumière, avec leurs sourires et leurs fantaisies, et eux sont réduits à de pauvres types aux initiales vides.

Une lecture nécessaire.


Kitou_Lor
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le 3 mai 2026

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Kitou Lor

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