Jean-Luc Seigle avait déjà publié sur Pauline Dubuisson le très bon "Je vous écris dans le noir". Une Pauline qui fascine décidément les écrivains, car voici "La Petite Femelle" de Philippe Jaenada, et c'est là un tout autre livre. L'auteur est tombé raide dingue de son sujet, et s'acharne avec passion et détails à lui rendre justice au long de ces 700 pages.
Pauline eut trois vies : celle d'une jeune fille en quête d'amour et d'insouciance, qui se laissera aller (poussée par son père...) à batifoler avec quelques allemands - avec les conséquences brutales qu'on devine à la Libération - mais sur lesquelles Jaenada, contrairement à Seigle, choisit de ne pas s'apesantir, partant du principe qu'on ne sait rien - ou pas grand chose. Deuxième vie : étudiante en médecine à Paris, où elle tue (par amour ?) un jeune homme de bonne famille avant de subir un procès grotesque. La troisième, une fois expiée la faute, vivre, enfin ? le passé rattrape, toujours, fatalement.


Le procès tient une place centrale dans le livre, l'auteur a fait un boulot de titan, décortiquant tout, des pièces du procès aux témoignages et surtout des contradictions et des lacunes par milliers, cette véritable curée envers une jeune femme qui s'est définitivement murée derrière un masque d'orgueil (merci papa, surtout ne jamais montrer ses émotions), c'est probablement ce qui la perdra (ça me fait penser à L'Etranger de Camus, dès le moment où l'on remarque que Meursault n'a pas pleuré à l'enterrement de sa mère, il est déjà jugé, foutu, bon pour l'échafaud).
Pauline est une femme fière, moderne avant l'heure, affrontant une société encore très patriarcale - il faut la faire plier, cette "petite femelle", cette "ravageuse" dont la parole ne vaut rien - et la rumeur assassine qui ne laisse jamais trouver le repos.


L'histoire est absolument passionnante, mais aussi talentueux que soit un auteur, il faut quand même arriver à tenir la distance - et le lecteur - sur des centaines de pages ; et Philippe Jaenada y parvient sans peine, grâce à sa passion et à son écriture, drôle, pince-sans-rire avec des parenthèses dans les parenthèses qui pourraient en irriter certains - mais moi, je suis fan des digressions, et j'ai même eu un fou rire lorsqu'il consacre deux pages au mot "saucisse" - oui, on est bien dans le même livre. Ca détend et ça aide à revenir dans le sérieux de l'affaire.


J'ai terminé le livre hier mais j'ai du mal à dire au revoir à Pauline, je me suis attachée à cette fille qui paraissait être tout et son contraire mais qui, finalement, n'a juste jamais eu de chance. Philippe Jaenada souhaitait réhabiliter sa mémoire, c'est un pari plus que réussi.

sophiebazar
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le 22 oct. 2015

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