La Psy
6.3
La Psy

livre de Freida McFadden (2022)

Dynamique, prenant mais superficiel

Comme beaucoup (j’imagine) j’avais entendu parlé de la précédente trilogie de l’auteure La femme de ménage. Deux amies m’en avaient parlé : l’une pas spécialement férue de lecture, l’autre à fond dans des romans à de l’eau-de-rose ; les deux très « daronnes qui se baladent sur Instagram ». Du coup je me disais que c’était un peu de la littérature de seconde zone qui a sans doute été gonflée/propulsée par internet.

Il y a un faisceau d’indices concordants. Sur sa page Wikipédia je vois qu’elle utilise un pseudonyme (en même temps v’là le nom improbable) ; l’éditeur City que j’ai pas souvent rencontré donc a minima pas spécialement garant de sérieux (ou ils se spécialisent dans un genre auquel je ne suis pas habituée : les livres de merde. Je rigole.) ; et effectivement elle avait auto-édité ses premiers romans sur Amazon KBP où elle s’est faite repérer par des lecteurs. Tous ces éléments pour moi c’est cohérent avec le biais par lequel c’est venu à mes oreilles et les conclusions que j'ai tiré.

Bref, j’étais pas encline à acheter mais un peu curieuse malgré tout d’affirmer ou infirmer mes a priori.

Me voilà en vacances pour faire plaisir à la famille et ma mère à qui on a offert La Psy me propose de le lire avant elle. J’ai senti qu’elle m’envoyait au feu, ça n’a fait que renforcer mon sentiment sur ce livre. Sentiment définitivement adopté à la fin de ma lecture : bon roman de gare.


Aucun mépris dans ce jugement.

C’est grossier et limité dans ses personnages, ses décors et sa psychologie (en anglais le livre s’appelle Never Lie donc je ne tiendrais pas rigueur du côté ridicule d’être si peu subtile en cette dernière matière pour un livre titré La Psy) MAIS et gros MAIS ça reste ultra dynamique, modérément prenant et avec les rebondissements finaux adéquats poussifs mais qu’il faut pour ce genre de bouquin.



Car oui, malgré toutes les critiques négatives qui vont suivre et la note globale attribuée je l’ai englouti en trois jours sans avoir à forcer (faut dire que j’avais rien d’autre à faire, aucun écran).

Le rythme des chapitres est celui standard des auteurs industriels. Très courts, toujours un petit truc pour relever l’intérêt style TIN-NIN-NIN, et les rares fois où c’est plus long c’est dû à l’espacement du dialogue pour la retranscription des cassettes des sessions que tient la thérapeute.

C’est écrit gros. Sans me moquer ça donne vraiment une vibe de « on prend le plus de place possible pour que le public de non-lecteurs que ça intéressera ait quand même l’impression de lire un gros bouquin parce que c’est + classe ». Je fantasme sûrement mais ça me donne toujours cette impression.

Le résultat reste favorable : ça se lit facilement, rapidement, c’est un savoir-faire à part entière.


C’est plus mon genre mais je comprends que ça puisse plaire.




Maintenant si je peux me permettre de mentionner ce que je trouvais nul.


Temporalité peu claire.

Le récit oscille entre "maintenant" et "avant". Jusqu’au bout je n’ai pas compris l’intervalle entre les deux. C’est dommage et légèrement perturbant par moments pour recoller les morceaux, pas dramatique.


Pauvreté du décor.

C’est pauvre en description et je suis pourtant pas une fan des chapitres entiers pour décrire un arbre (j’ai un traumatisme avec ça). Mais ça contribue quand même à instaurer une ambiance qui peut être feutrée, inquiétante, riche. On suit quand même principalement un couple dans une maison qu’on comprend être digne d’un manoir voire d’un château, pour autant on a l’impression qu’il y a que deux pièces au rez-de-chaussée, six à l’étage (pas + que dans la maison de campagne de mes grands-parents) et je n’ai aucune idée réelle d’à quoi ça doit ressembler. Tout ce que j’ai eu l’impression d’avoir c’est que les gens sont impressionnés et que c’est très grand. Ok…

Pareil pour le fait que ce soit dans un endroit reculé, c’est dit aussi mais bon

La sensation globale que tout est placé dans un dialogue sans jamais le faire ressentir. C’est passé à côté d’une dimension importante pour donner vie à l’endroit.

Je parle moins des décors tels que là où la psychiatre faisait ses séances pro bono parce que + commun, on en a moins le besoin.


Pauvreté des personnages.

Les personnages sont plats et le peu de petites particularités qu’on a sur eux servent directement des points précis du scénario, ça ne décrit pas réellement une personne. On sent que ça voulait pas s'embarrasser à donner de la substance.


Aspect psychologique nul ou incohérent.

Les retranscriptions des cassettes sont VIDES alors que c’était plutôt fun d’entrecouper le récit de leur écoute. Jamais vu des sessions avec un psychiatre aussi clichés et chiantes. Oui y a des éléments disséminés qui vont prendre sens à la fin mais ça n’en reste pas moins caricatural.

Et ok à la fin il y a des rebondissements auxquels je ne m’attendais même pas. Mais je m’y attendais pas parce qu’ils ne faisaient aucun sens. Ils ont voulu te mettre des meurtriers partout et pire, faire un flou artistique sur leur nature de tueur.

D’un côté t’as la psychiatre éduquée, intelligente (en théorie) et riche qui rechigne à voir publiée une vidéo d’elle où elle crève les pneus d'un connard et pour se faire elle a une facilité déconcertante à prescrire de la drogue, droguer quelqu’un, se servir d’une autre personne pour entrer par effraction (sans effraction il a les clés ok osef), faire chanter quelqu’un pour tuer un patient et tenter de tuer celle qu’elle faisait chanter. Un brin excessif tout de même pour quelqu'un d'éduqué et intelligent ?

D’un autre côté t’as Ethan qui bronche pas quand il apprend que sa femme est une psychopathe, soi-disant parce qu’il a déjà tué quelqu’un donc ce serait un taré fini. Alors oui il a poussé sa mère dans les escaliers pour récupérer l’héritage mais c’est un crime crapuleux, un peu lâche, motivé par des considérations très matérielles. Toutefois c'est sans rapport avec le fait qu'il puisse comprendre et approuver que sa compagne lui confesse tuer limite par plaisir (parce qu’il est censé y avoir cette notion malgré tout dans l’idée d’une tueuse en série). Bref, c’est absurde pour moi. Déjà dans un instinct de préservation tu ne prends pas le risque qu'un jour elle te zigouille pour une raison ou une autre.

Enfin tu as Tricia… On comprend qui elle est censée être quand on comprend qu’elle a tué son ex-compagnon, son amie avec qui il la trompait et une amie qui a été un dégât collatéral nécessaire… C’est grossier de base. Je crois au crime passionnel même si ce terme est rejeté de nos jours. Par contre la copine innocente même si c’était pour garantir + de crédibilité à son histoire c’est peu probable car gratuit et trop éloigné des motivations réelles qui peuvent la pousser à faire ça. Alors on te le justifie en te faisant comprendre qu’elle a pas d'âme parce qu'elle est tarée et a déjà tué mamie par le passé. Donc ce serait une tueuse en série qui prend plaisir à donner la mort mais avec des motivations beaucoup trop variées : la mamie c’est en théorie un sentiment galvanisant de pouvoir presque ; l’ex-compagnon et l’amie traîtresse c’est la vengeance et la haine ; la copine innocente ce serait la nécessité froide MAIS elle a fait en sorte que ça se passe vite parce qu’elle aurait de la compassion ??? Mais c’est une dangereuse psychopathe qui n’hésite pas parce qu’elle n’est pas capable d’empathie ???

C’est un bloubiboulga gerbatoire de diverses personnalités sulfureuses et vendeuses réunies pour donner une aura à l’histoire. Pour moi ça n’a juste pas de sens.

Dans les remerciements elle s’adresse à son père qui serait lui-même psychiatre et aurait validé ça… Oui ok, i believe you.


Eléments scénaristiques pas crédibles

La gravité du chantage subit par la psychiatre : aucune intensité dans la menace. Son patient l’a filmée en train de crever les pneus d’un random. C’est peu valorisant mais ça va, tu t’embarques pas dans un truc où tu lui concèdes de nouvelles sessions, tu lui prescris des drogues qu’il va sûrement revendre et tu vas finalement jusqu’à le droguer et entrer fouiller chez lui.

Le summum de cette farce est atteint lorsqu’il lui extorque une ordonnance pour je-ne-sais-plus-quelle drogue, qu’elle commence par refuser en faisant valoir les risques que ça lui ferait prendre vis-à-vis de l’exercice de son métier. Le taré lui dit alors « est-ce que c’est pire que si je divulgue la vidéo ? ». À ce moment je m’attendais à une retour à la réalité : évidemment que c’est pire, balance ta vidéo de merde parce que de 1) en vrai c’est pas dramatique et de 2) passer un pallier où elle fournit de la drogue empirerait les choses et donnerait + de poids pour de futurs chantages.

Toute cette situation n’a AUCUN sens.


Tentative de payer le maître chanteur : le gars a clairement envie de garder un lien avec sa psy. Ses parents sont riches le gars se balade en Porsche et on te fait clairement comprendre (avec ce manque de subtilité caractéristique) qu’il est prêt à les tuer au moment opportun pour s’assurer d’hériter. Alors qui croit au fait que lui fournir de l’argent mettrait un point final à cette histoire ? D’autant que c’est une psychiatre censée avoir fouillé les méandres de son esprit mais elle croit à sa contre-proposition ?

AUCUN sens.

Chantage (encore) sur une patiente : la psychiatre a une patiente qui a survécu à un film Vendredi 13, le meurtrier n’a jamais été arrêté. Quand la psychiatre est au pied du mur avec son stalker elle souhaite s’en débarrasser et révèle donc à sa patiente qu’elle sait que c’est elle qui a tué tous ses potes et qu’elle s’est blessée pour faire croire à un vagabond qui est venu les décimer et que si elle ne veut pas qu’elle révèle tout à la police elle ferait mieux de se soumettre et tuer pour elle son propre maître-chanteur.

Alors tout un discours « l’inspecteur vous a suspectée mais il n’avait pas de preuve. En revanche moi oui » et la patiente de réagir « oh mince je suis coincée »... J’ai pas compris. Quelles preuves a la psychiatre ? Son expertise médicale ? Ses séances enregistrées qui révèlent des incohérences dans le discours ? Y a pas de secret médical aux States, ça peut servir de preuve ? Et admettons qu’il y ait une exception qui justifie que oui : c’est quand même pas des incohérences qui construisent un dossier, d’autant moins si l’inspecteur la suspectait c’est qu’il y avait déjà plein d’incohérences dans son récit mais peu de concret, non ?

Et on est censés croire que ça marche.


Tic dès que tu mens. Excusez-moi Fabien Olicard, mais j’ai jamais vu quelque chose d’aussi grossier. « je vous ai grillé parce que vous croisiez les jambes à chaque mensonge ». La nana vient chaque semaine juste pour le plaisir de mentir. Donc toute la séance elle croise/décroise ses jambes au fil des éléments fictifs qu’elle ajoute ? On en voit au final pas grand-chose mais c’est présenté tout comme.

Le prologue même du bouquin c’était l’équivalent d’une introduction de série dans le genre du Caméléon, Dead Zone, The Sentinel ou New York Unité Spéciale (j’ai passé mon enfance devant la télé) « Après des années à étudier la psyché humaine j’ai développé des qualités uniques. Munie de mon doctorat et de mon fidèle divan je repère le mensonge chez tout être humain qui passe sous mon regard. Il y a toujours un geste qui les trahit et ce geste moi seule peut le voir. Je suis la seule, je suis l’unique. Voici leurs histoires. »




Brrrrrrrrref, y a une vibe de roman de gare qui se lit bien comme du Mary Higgins Clark mais ça manque de caractère, d’approfondissement, d’intelligence.

Par contre elle a tout compris niveau dynamisme rythmique et gestion du suspense. Je comprends que ça plaise.

GirlNumberTwo
4
Écrit par

Créée

le 4 août 2025

Critique lue 391 fois

GirlNumberTwo

Écrit par

Critique lue 391 fois

4

D'autres avis sur La Psy

La Psy

La Psy

6

CélineThomas1

110 critiques

Une déception finale

Le roman m'a tenue en haleine jusqu'à son dénouement, moment où la frustration a pris le dessus. Sans révéler l'intrigue, l'absurdité de la révélation saute aux yeux. Il semble que l'éclat ait été...

le 6 juin 2024

La Psy

La Psy

4

GirlNumberTwo

232 critiques

Dynamique, prenant mais superficiel

Comme beaucoup (j’imagine) j’avais entendu parlé de la précédente trilogie de l’auteure La femme de ménage. Deux amies m’en avaient parlé : l’une pas spécialement férue de lecture, l’autre à fond...

le 4 août 2025

La Psy

La Psy

Critique de La Psy par la douce folie de l'écran

Critique livre audio.J'ai cru au départ que c'était un plaidoyer masculiniste tellement les personnages féminins sont stupides et bipolaires et puis ça s'explique en partie par la suite.L'intrigue...

le 8 janv. 2025

Du même critique

Dirty John

Dirty John

6

GirlNumberTwo

232 critiques

Critique de Dirty John par GirlNumberTwo

Il m'a paru plus facile d'entrer dans la saison 1 bien rythmée par les chansons choisies. Plus dynamique même si visuellement pauvre. En revanche j'ai eu du mal à réellement prendre mesure du danger...

le 6 sept. 2020

La Psy

La Psy

4

GirlNumberTwo

232 critiques

Dynamique, prenant mais superficiel

Comme beaucoup (j’imagine) j’avais entendu parlé de la précédente trilogie de l’auteure La femme de ménage. Deux amies m’en avaient parlé : l’une pas spécialement férue de lecture, l’autre à fond...

le 4 août 2025

Blue Prince

Blue Prince

6

GirlNumberTwo

232 critiques

Trop hasardeux à partir d'un certain stade

C'est bien, c'est fourni, y a l'air d'y avoir une vraie histoire tout autour et… Je n'en verrai pas la fin à moins qu'une vidéo définitivement définitive définissant finalement la finalité finale...

le 8 mai 2025